Opening Day

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MessageSujet: Re: Opening Day Sam 1 Mar - 17:18

'' J'allais pas laisser Pavel en suspens au dessus d'une rousse même pas majeure ''
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Pavel écouta les histoires de son ami Aleksei. Il aimait bien imiter les gens qu'il avait rencontré, tel des marins ivres et des belles femmes. Il avait un certain sens de la scène, ce qui ne pouvait que plaire à Pavel. Il riait beaucoup aux histoires paillardes et grivoises de son compatriote. Lui, n'en avait jamais vécu de telles. Il se mit alors à penser que marin était sûrement le meilleur métier du monde. Pas de soucis, pas de cas de consciences... et surtout, beaucoup d'alcool et d'histoires à raconter!
Entre deux gorgées, le jeune Russe posait quelques questions à Pavel. Des questions tout à fait normales, et pas trop indiscrètes. D'habitude, le grand gaillard n'aimait pas s'étendre sur son passé, mais l'alcool l'aidait un peu à se détendre et à parler de tout et de rien. Il était bien joyeux et aimait faire la conversation avec son nouveau camarade de boisson.


C'est à ce moment là qu'Aleksei fit une erreur. Celle de demander à son interlocuteur ce qu'il faisait avant de venir ici. Cette question, Pavel ne l'avait pas vue venir. Sa joie se transforma en une sorte de résignation ironique. Son passé? Aleksei avait parlé de chasse... Son compagnon allait alors entendre la vérité.


"Tu sais, j'aime pas m'étendre sur mon passé. Mais comme je t'aime bien, j'vais t'en parler."


Pavel rit doucement, avalant une nouvelle gorgée. L'esprit débridé par l'alcool, il était plus à même de parler de cela. Il sortit son kukri et se regarda dedans un petit instant. La lame était parfaitement bien nettoyée. Pourtant, quelques heures auparavant, il avait tranché la gorge d'un porcalo avec.
Reportant son regard vers Aleksei, il sourit.


"J'étais une pourriture. Un Orphelin. Tu vois, ces gens qu'on entraîne exclusivement pour tuer des gens gênants... J'étais un de ceux-là. Un assassin. Et j'en ai tué pas mal, crois-moi. Des jeunes, des vieux... des femmes, des hommes... Tout ce que le gouvernement Anghel souhaitait. Un vrai petit trou du cul de bon soldat."


Pavel gloussa ironiquement. Il était assez bien dans la boisson pour se mettre à parler de son passé avec un certain cynisme, ce qu'il ne faisait pas d'habitude. Il reprit une bonne gorgée de vodka et continua:


"Tu veux une histoire? Une fois, on m'a demandé de nettoyer un bâtiment pleins de rebelles. Du coup, j'ai décidé de poser du C4 partout. Un beau gros tas! Et pendant que je le posais, personne n'est venu me trouver, parce que je savais me cacher moi. Enfin, du coup, j'avais un bon gros paquet d'explosifs et un détonateur. J'me suis mis à 500m de là, et j'ai appuyé sur la détente. BOOM! Plus rien. Un gros bâtiment tombé en poussière. Chuis allé voir s'il y avait des survivants, des gens enfouis sous les décombres qui n'avaient pas été achevés. Et là, j'ai vu en fait que c'était pas des rebelles."


Pavel se mit à rire tout en regardant Aleksei.


"C'était des putains de femmes et de gosses! Pas des soldats avec des fusils, non, des bébés et leurs mères! Haha! Et j'avais cru ces connards au Bureau de Commandement qui m'avaient envoyé nettoyer un bâtiment rebelle! Pfffrt!"


Pavel commença à éclater de rire. Il devait relâcher la pression. Il commença donc à rire. Puis de plus en plus, ses rires se déclinèrent en sanglots. Des sanglots tacites. Puis des sanglots contenus. Puis des sanglots tout court. Il lâcha la bouteille vide et se mit la tête dans les mains. Il continua de sangloter, tout en disant:


"Mais bordel, je suis un assassin! J'ai tué des gosses et des femmes! Et je dois vivre avec ça chaque jour de ma chienne de vie. De ma vie qui sert à rien! Elle ne sert qu'à détruire, mais je veux pas détruire! J'en ai marre de tout le temps fermer les yeux et voir leurs putains de visages qui me fixent comme ça! J'en peux plus!"


Cette fois, le Russe était parti pour bien relâcher la pression. Tout le ressentiment accumulé au cours de ces années de silence, il ne pouvait plus le supporter. L'alcool avait été le coup de pouce nécessaire. A présent, il était en sanglots, la tête dans les mains, avec un compagnon qui devait sûrement être très dérouté...


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MessageSujet: Re: Opening Day Lun 3 Mar - 20:03

The Pirate King
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"Tu sais, j'aime pas m'étendre sur mon passé. Mais comme je t'aime bien, j'vais t'en parler."

En quelques mots, l’ambiance avait totalement changée. Nous étions là à rire et tout d’un coup c’était devenu effroyablement tendu. Dans le ton de sa voix il n’y avait pas la nostalgie que j’avais ressentie auparavant. C’était bien plus sérieux et pesant. J’eus un léger frisson, comme un présage. Il souriait, mais son sourire n’avait rien d’heureux… Quant à celui qui trônait sur mes lèvres quelques instants plus tôt, il avait totalement disparu. J’avais du mal à saisir l’ampleur de ce que cachait ce rictus, néanmoins je pressentais que ça n’avait rien de bon. Pavel avait saisi son couteau et le regardait profondément, songeur. Je me contentais de l'observer, n'osant rien faire d'autre avant qu'il ne reprenne la parole.

"J'étais une pourriture. Un Orphelin. Tu vois, ces gens qu'on entraîne exclusivement pour tuer des gens gênants... J'étais un de ceux-là. Un assassin. Et j'en ai tué pas mal, crois-moi. Des jeunes, des vieux... des femmes, des hommes... Tout ce que le gouvernement Anghel souhaitait. Un vrai petit trou du cul de bon soldat."

Cette révélation me stupéfia. Je regardais de haut en bas l'homme qui se tenait devant moi. Un soldat... Oui, j'aurai pu le deviner, mais un tueur pas une seule seconde. Je restais muet, mais dans ma tête tout se percutait. Je n'avais pas d'apriori sur les orphelins, après tout j'aurais très bien pu en être un moi-même. Pavel était, en quelques sortes, comme le reflet de ce qu'aurait pu être ma vie si ma tante ne s'était pas obstiné à me garder avec elle. Mais il y avait autre chose qui me faisait me sentir proche de lui. Ces tueurs dont il parlait, je voyais exactement ce qu'ils étaient. Je repensai au moment de ma vie où je m'y étais frotté de près. D'un peu trop près... C'était précisément cet instant qui me faisait me sentir étrangement similaire. Je chassais pourtant cette impression - prémonitoire - pour me concentrer sur ses paroles, car il était loin d'avoir fini. Visage fermé et grave, j'assistais impuissant à la décomposition de mon compatriote. Car au fur et à mesure de ses paroles, même s'il riait, je pouvais le voir s'assombrir de plus en plus et se refermer sur lui-même.

"Tu veux une histoire?“

A dire vrai, je n'en avais plus vraiment envie. Mais protester n'aurait pas servi à grand-chose ; la question était rhétorique. Je le laissais parler, attentif mais mal à l'aise. Plus il avançait et plus un noeud se formait dans ma gorge. Ses yeux plongeaient dans les miens. Que cherchait-il en faisant cela ? Lire mes réactions ? Lire les pensées que m'inspirait son monologue ? Comme pour vérifier que l'atrocité de son histoire faisait bien mouche. Mais, malgré tout ce qu'elle impliquait, c'était son comportement qui me troublait bien plus que ses paroles. Il riait ! Il riait et ça sonnait comme un profond désespoir.

Pourquoi ? Pourquoi avait-il fallut que je pose tant de questions ? Je m’en voulais. Je m’en voulais terriblement, car à présent je ne savais pas comment réagir face à cet homme au bord de la crise de nerf. Est-ce que je voyais un monstre devant moi ? Est-ce que j’étais effrayé ? Malgré cette histoire, malgré ce couteau dans la main, je n’arrivais pas à m’en persuader. Je voyais celui qui m’avait sauvé d’un porcalo, celui qui m’avait nourri, accueilli, saoulé. Pour moi il ne ressemblait en rien à l’homme qu’il m’avait décrit. J’aurais souhaité le lui dire, le lui crier même, mais rien ne sortait de ma bouche. Et, fatalement, son histoire me renvoyait à la mienne.

Son rire qui se transforma en sanglots. C’était effrayant, j’avais rarement vu un homme pleurer, je veux dire, réellement pleurer. Je le voyais craquer. Mon premier réflexe fut de me lever, serrant fermement les points. J’étais prêt à le frapper, prêt à lui balancer une bonne droite dans le visage. Pas parce que j’étais choqué, pas parce que je pensais que c’était un sale con, non ; c’était pour qu’il cesse de parler, pour qu’il cesse de sangloter. Le fait qu’il ait été un soldat, un assassin, tout ça n’avait pas d’importance, je voulais qu’il se reprenne, qu’il recouvre ses esprits. Ça me faisait mal de le voir ainsi. Mon sang bouillonnait. Je respirais fort, comme si j'avais couru un marathon. C’était presque insoutenable.

Cependant, je retins mon geste. Dans un élan de lucidité je me rendis compte que cela ne ferait qu'accroître la confusion qui régnait depuis peu entre nous. Certains mots raisonnaient encore et m'avait fait reconsidérer la situation. Il m'aimait bien, il comptait peut-être sur moi pour, justement, ne pas disjoncter. Je ne pouvais pas le frapper... Je lui tournai alors le dos, avec la ferme intention de m’éloigner pour le laisser seul. A dire vrai, c’était autant pour lui que pour moi, car sa culpabilité me renvoyait à l’absence de la mienne. J’avais besoin de mettre de l’ordre dans tout le merdier de mon esprit.

S'il n'avait pas fait nuit, si je n'étais pas perdu en plein milieu d'une forêt inconnue, si je n'étais pas blessé, si je n'avais pas bu, sûrement que je serais parti. Si seulement le monde était fait de si... Mais il n'y avait nul part d'autre où je pouvais aller. Je me laissai alors tomber près de la souche sur laquelle j'étais assis auparavant. Mes yeux se perdaient dans les flammes, mais du coin de l'oeil je pouvais distinguer mon compatriote, la tête entre ses mains, comme s'il voulait en faire sortir tous ses horribles souvenirs. Mes mains, quant à elles, agrippaient ce qu'elles trouvaient au sol et les jetaient systématiquement dans le feu. Brin d'herbe, cailloux, bouts de terre, ils y passaient tous... Je soupirais, il fallait que je dise quelque chose. Quelque chose de réconfortant, qui le ferait relativiser sur sa situation. Il se trompait, c'était évident : les salauds, ce sont pas ceux qui appuient sur la gâchette, mais ceux qui tirent les ficelles et donnent les ordres. S'il pouvait ne serait-ce que voir les choses un peu comme moi.

“Une pourriture n’a pas de remords. Une pourriture ça ne pleure.”

Je fus surpris d’entendre ma propre voix aussi claire. Malgré ma gorge nouée, elle ne tremblait pas. C’était limpide, sans émotions. Tout en parlant, je ne quittais pas les flammes des yeux. Ces flammes qui me rappelaient invariablement un moment de mon passé. Je voulais le réconforter, mais le seul moyen que je trouvais fut de lui renvoyer l’ascenseur et parler à mon tour d’un passage de ma vie bien plus sombres. Encore et toujours moi.

“ Finalement on n’est pas si différents toi et moi. Des gens aussi sont morts par ma faute. Des collègues, des amis, des salauds sans doutes aussi, mais surtout des innocents... Beaucoup. C’est comme si j’avais appuyé sur la détente, mais que la bombe avait mis des mois à péter.”

Je marquais une pause avant d’aller plus loin. Je me sentais terriblement fatigué, écrasé par le poids de cette soirée. Est-ce que Pavel allait écouter la suite ? Avait-il ne serait-ce qu’entendu mes paroles ? Rien n’était moins sûr, mais je poursuivis malgré tout.

“ On transportait des marchandises sur un bateau, c’était mal payé et pas très amusant. Pis un type se ramène un jour et il m’dit : “Transporte ces caisses pour moi, je te paierai bien. Mais n’en parle à personne”. Ça sentait le plan foireux à 10 kilomètres, mais par cupidité j’ai accepté. A chaque fois qu’on partait pour la traversée, je chargeais ces caisses supplémentaires, je les débarquais à l’arrivée, on me payait. Ça roulait bien. Puis, un beau jour, des soldats nous sont tombés dessus alors que l’on se préparait à accoster. Faut pas être un génie pour comprendre qu’ils en avaient après ces chargements clandestins. Quelqu'un avait dû le remarquer et l'avait signalé. Ahah... Ils nous ont tiré comme des lapins, comme de la vulgaire bidoche. Puis tout a explosé dans un gros feu d’artifice. Sur le bateau, tout le monde est mort. J’ai appris plus tard qu’un même genre de coup s’était produit dans le port que l’on livrait en Suède. Là aussi, tous morts. Tous par ma faute. Tous sauf moi. Je suis celui par qui tout est arrivé et je suis le seul à avoir survécu. Si c'est pas beau la vie... ”

Je m'arrêtais là, car ma voix commençait à flancher. Je n'osais pas avouer ce que j'avais pensé de cette affaire au moment où je reprenais connaissance parmi les débris encore fumants : "Quelle foutue chance j'ai d'être en vie. Ils m'ont bien raté les chiens". Je ne dis pas non plus comment, plus tard, je me déculpabilisais en rejetant la faute sur l'infiltré qui nous avait trahi et comment, quand j'avais finalement accepté ma part de responsabilité dans cette histoire, je parvenais encore à me convaincre que si ce n'avait pas été moi, ça aurait été un autre... et les choses auraient été les mêmes.

Je sentais, un poids énorme au fond de ma poitrine. Mes mains recherchèrent rapidement ma gourde, espérant y trouver quelques gouttes régénératrices, mais elle était désespérément vide. D’un geste d’agacement je la lançai au loin. Je me sentais fatigué, épuisé. Et puis, il y avait autre chose. Je ne l’identifiais pas bien mais c’était là et ça me rongeait. Je crois bien que j’avais profondément honte. Pavel n’avait pas hésité à me raconter les détails de son histoire sordide. Moi, j’en avais caché une partie. Il se voyait comme un monstre, mais lui il était en train de pleurer sur ses souvenirs, tandis que je me contentais de rester de marbre en parlant des miens. Il se voyait mauvais, alors qu’il n’avait fait qu’être dupé, moi, j’avais agi par pur intérêt personnel. Je me sentais mal de lui avoir fait ressasser tout ça, car au fond j’étais bien pire que lui... et je n’avais pas osé le lui avouer.

Je crois bien que j’ai fermé les yeux, mais impossible de dire si je me suis assoupi seulement quelques secondes ou plus longtemps. Cependant, une phrase n’arrêtait pas de tourner et retourner dans ma tête : Les salauds sont pas ceux qu’on croit.
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MessageSujet: Re: Opening Day Sam 15 Mar - 9:59

'' J'allais pas laisser Pavel en suspens au dessus d'une rousse même pas majeure ''
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Pavel ne tentait plus de retenir ses larmes. Pas seulement des larmes de peine, mais également des larmes de colère. Il se voyait si faible à présent, à pleurer devant un type qu'il connaissait depuis à peine une journée. Malgré qu'il n'en pouvait plus et qu'il fallait que ça sorte, c'était comme se mettre à nu pour lui. Et la nudité, c'est la faiblesse. Pas de temps pour la faiblesse, voilà comment il pensait. Alors pourquoi s'affaiblissait-il à ce point? Toujours sa tête dans ses mains, le Russe entendit alors son compatriote parler.


Avait-il raison? Une pourriture n'a pas de remords? Alors qu'était-il, sinon la pourriture d'assassin de dizaines d'innocents? Essayait-il de le consoler en lui disant cela?
Puis il parla de sa mésaventure en mer. De ses magouilles dans les ports et de l'accident qu'il avait déclenché. Pavel écouta avec attention Aleksei lui parler de ses erreurs passées. Il sortit sa tête de ses mains, dévoilant quelques yeux larmoyants, vite essuyés. Il allait maintenant savoir. Alors qu'Aleksei parlait de l'incident, Ivachko se releva et regarda le marin. Il semblait si distant, si loin. Pavel regretta de s'être livré ainsi.


Il se plaça alors devant son compagnon, qui fermait à présent les yeux. Il le regarda et lui dit d'une voix profonde, et à présent dénuée des tremblements dus à la tristesse:


"Je te comprends, Aleksei. En vérité, nous avons tous les deux vécu deux tragédies similaires. Nous avons merdé. J'ai tué par obéissance et par habitude. Toi, tu as tué par inadvertance. Ce n'est pas toi qui a appuyé sur la gâchette, ni qui a fait exploser le bateau. Le fait de se sentir coupable est normal, combien de fois je ne me suis pas senti ainsi? Tu ne pouvais pas savoir, tu n'as donc pas à t'en vouloir. Moi je le savais très bien, et je l'ai quand même fait... Mais malgré tout, je partage ta douleur à ce sujet. Tu dis que je ne suis pas une pourriture... Mais je dois t'avouer quelque chose... Promets-tu de ne jamais le dire à quelqu'un d'autre? Au même titre que toute cette conversation, je veux que tout cela reste secret, entendu? Je ne veux pas que les gens apprennent ce que j'ai fait... Alors, tu me promets de garder le secret que je vais te révéler?"


Le coeur de Pavel battait à présent la chamade. Il allait raconter sa pensée la plus vile... Mais pourquoi devait-il le faire, alors? Il n'était pas obligé, après tout!


Mais il ne devait pas le faire. Il avait besoin de le faire. Il ne pouvait plus garder ça pour lui tout seul. Finies les années de silence et d'estime de soi traînée dans la boue.


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MessageSujet: Re: Opening Day Lun 17 Mar - 13:31

The Pirate King
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La tête me tournait. Était-ce l’alcool ? La chaleur de ce feu trop près de mon visage ? Ou bien encore le profil du sommeil profond dans lequel mon corps voulait me plonger, mais auquel je ne pouvais définitivement pas succomber ? Peut-être un peu de tout ça en fait. Tout semblait si irréel, Pavel était devant moi à présent. Je ne le voyais pas, car je fermais encore les yeux, cependant je ressentais sa présence. Il avait donc bougé finalement ? J’étais content qu’il soit sorti de sa torpeur. Il me parlait, mais ses phrases m’échappaient, les mots s’enroulant dans mon esprit sans que je puisse réellement les comprendre. C’était embrouillé, confus, et comme j’avais encore l’écho de nos précédente paroles en tête. Tout se brouillait en un maelström incompréhensible. Je rouvris les yeux et tentai de me focaliser sur ses paroles. Je lui devais bien ça. La fatigue ayant embrumé mes yeux, je voyais trouble, mais je percevais clairement que l’attitude de mon compatriote avait changée, tout comme le ton de sa voix. Il avait repris le contrôle de la situation. C’était bien. Je me redressais un peu et écoutai ce qu’il me disait, même si je mettais un certain temps à tout comprendre.

Et merde. Il croyait que je culpabilisais ? C’était troublant comme il trouvait exactement les mots que j’aurais voulus lui adresser. Ironique même ! Je n’osais pas le contredire, trop soulagé de le voir à nouveaux maître de lui-même. Il ne fallait pas tout gâcher avec la triste vérité. Et puis, j’en étais bien incapable, déjà, puisque les mots n’en finissaient plus de tomber, et puis, la fatigue, la honte, tout se mêlait pour m’empêcher d’intervenir. Je me passai une main sur les yeux, comme pour les inciter à y voir plus clair, ou pour cacher l’expression de mon visage qui devait trahir mes troubles. Il compatissait et je me sentais mal devant une telle méprise. Le jeu de lumière et d'ombre créé par le feu dessinait les traits tirés de son visage, il semblait avoir vieilli depuis le début de la soirée. Puis, un mot, ou plutôt une promesse, fut énoncée. La promesse de garder cette soirée pour nous. Ça pour sûr, je ne raconterai rien. Rien de ce qu’il m’avait avoué, rien de ce que j’avais avoué. Rien.

En fait, cette demande m'avait même rassuré. Je partageais profondément l'idée de nous taire, car ce que nous avions échangé en cette soirée était bien trop lourd, embarrassant, blessant pour être répété à quiconque. Pour le bien de Pavel tout d'abord, car j'imaginais bien qu'il était ici depuis un certain temps. Comment les autres habitants le jugeraient-ils s'ils venaient à apprendre tout cela ? Quant à moi, ce n'était clairement pas sous cet angle que j'avais envie que les habitants me découvrent. A peine arrivé et déjà étiqueté comme l'égoïste n'agissant que pour sa pomme, comme l'insensible, comme l'assassin... Ouais, il y avait mieux comme entrée en matière. Et quand bien même il y aurait parmi eux d'autres gars comme nous, le risque était trop important. Alors oui, pour notre bien, ces choses devaient rester secrètes.

Et puis, il y avait pire, c’était bien cela ?

Encore une fois, je ne savais pas vraiment comment réagir. Ce type avait le don de me larguer ; chaque fois que je pensais avoir retrouvé le fil de la conversation il m’embarquait ailleurs ! Et ça avait le don de m’énerver. Je donnais un léger coup de poing au sol, comme pour enterrer cette situation en tout point bordélique et me suis installé sur la souche contre laquelle j’étais encore vautré. Je me sentais plus à mon aise ainsi, moins diminué et plus en maîtrise de moi-même. Je pris l’air le plus sérieux dont j’étais capable afin de répondre au mieux à Pavel. Car, même si pour moi la réponse ầ sa question tombait sous le sens, je sentais qu’il avait besoin que je la formule avec des mots. Je m’éclaircis la gorge dans un râle peu esthétique avant de répliquer :

“Ouais, t’en fais pas... j’ai pas trop envie que ce que nous avons dit sorte d’ici non plus.”

Je marquais une pause. D'instinct mon regard aurait fui, mais je m'obligeais à le fixer dans les yeux ; si mes paroles n'avaient pas suffi à le persuader, j'espérais ainsi que mon regard feraient le job. Comprendrait-il ô combien j'étais d'accord ? Saura-t-il lire sur mon visage "Oui, personne ne saura" ?

Pour ma part, j'avais dans l'idée d'envoyer ce moment dans une bulle qui éclaterait, comme si rien ne s'était jamais passé. Et après cela, nous redeviendrions deux mecs banals ; un blond doué avec un arc et un couteau, un autre avec une barre et des filets. Deux gars arrivés là pour changer d'air, sans passé gênant. Je souris légèrement, c'était plaisant de simplifier les choses. Ces pensées me donnaient du courage, alors, avant qu'il ne reprenne la parole, j'avais l'intention de le remercier pour tout ça, pour toute cette compassion, pour cette promesse.

"Tu sais, je voulais... euh... Je déglutis. Hé, entre pourriture on se comprend n'est-ce pas ?"

Rah ! Je fronçai les sourcils : ce n’était définitivement pas ce que j’avais voulu dire. Les mots ne voulaient pas sortir. Ils se bloquaient, comme si j’étais incapable d’exprimer quelque chose de réconfortant ou de gentil, comme si les seules choses qui sortaient étaient invariablement les aspects les plus sales de mes pensées. Franchement, mon corps me lâchait. Sale traître de corps. Je le sentais s’avachir sur lui-même, comme pesant sous le poids de toute notre discussion. Nous formions vraiment un tableau peu banal, moi à moitié flasque, et lui debout et tendu comme un i, le tout sur un fond de feu de camp qui crépitait doucement. Comme c’était compliqué ! Et je n’aimais pas les choses compliquées. J’aurais voulu être en mer, sur un navire, laisser le bruit des vagues murmurer à mes oreilles et leurs roulis me bercer. Ça c’était la vie. Simple, facile, sans corps qui lâche et voix qui tremble, sans secrets inavouables et passés à recoller à la super glu pour les rendre plus présentables. Je regardai mon compatriote. Comprenant que je ne parviendrais pas à coordonner ma pensée et ma voix pour l’heure, je me résignai à lui dire :

“Enfin, je… je t’écoute.”

Ce n’était pas la curiosité qui m’incitait à le laisser continuer - elle m’avait abandonné depuis le moment où j’avais posé ma stupide question. Et même si je ne souhaitais pas qu’il poursuive, craignant qui n’aille crescendo dans le pire, je sentais que je ne pouvais pas le stopper. A moins de m’enfuir sans doutes, mais à quoi bon ? Au point où nous en étions, autant aller jusqu’au bout ! Autant finir de sceller cette amitié forgée dans l’alcool et le sang. Je me sentais prêt à encaisser son ultime confession.
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MessageSujet: Re: Opening Day Lun 7 Avr - 7:05

'' J'allais pas laisser Pavel en suspens au dessus d'une rousse même pas majeure ''
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Pavel regarda Aleksei. Il avait l'air plus mal que lui, aussi hésita-t-il à révéler ce qu'il souhaitait lui dire. Pourtant, il fallait qu'il le dise. Le hurler en pleine nature n'allait pas arranger grand-chose... Il avait déjà essayé, mais il s'était toujours senti aussi sale qu'avant. Il ne s'était jamais confessé à personne, pour la simple et bonne raison qu'il n'avait aucune confiance dans les gens. Alors pourquoi, tout à coup, décidait-il de tout déballer ainsi? Il le savait au fond de lui; à garder quelque chose pour soi trop longtemps, cette chose vous ronge de l'intérieur, et après quelques temps, vous avez envie que cela s'arrête. Pavel voulait arrêter de se morfondre sur son passé décadent. Quelqu'un devait savoir.
Et malheureusement, c'était sur Aleksei que le chasseur avait jeté son dévolu...
Avec une voix neutre et presque inexpressive, le Russe dit alors à son compatriote:


"Le problème, c'est que... j'ai aimé ça."


Il fit une petite pause, cherchant ses mots...


"A l'époque, j'aimais bien tuer. Je trouvais ça amusant... fascinant même. Avec le temps j'ai commencé à me poser des questions sur ma nature. Et j'en suis venu à la conclusion que j'étais un monstre non pas parce que je tuais, mais parce que j'aimais tuer. Puis du jour au lendemain, je ne sais trop pourquoi, je n'ai plus aimé tuer. J'ai commencé à avoir honte de moi. Puis après cette histoire de bâtiment rebelle, j'ai commencé à vraiment me sentir mal..."


Qu'importe s'il gênait son auditeur ou s'il lui faisait peur; à présent, Pavel s'en foutait royalement. Il n'avait plus qu'une seule envie, celle de partager ses secrets les plus noirs.
Il resta alors silencieux pendant un moment, regardant son confident de fortune. Non mais quelle mouche l'avait piqué à raconter tout ça? Il se le demandait encore. Ramenant ses mains à son visage, il se frotta le visage tout en disant:


"Je crois que cette discussion est terminée... A part si tu as envie de rajouter quoi que ce soit? parce que j'ai une immense envie de dormir maintenant... Pas toi?"


Il était vrai que l'envie de dormir venait soudainement de saisir Pavel, comme si une chape de plomb s'était abattue sur lui.


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MessageSujet: Re: Opening Day Mer 16 Avr - 13:39

The Pirate King
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Je m'attendais à un coup de tonnerre, un genre révélation si horrible que mon sang n'aurait fait qu'un tour et qui m'aurait effrayé mais... ce ne fut pas le cas. Peut-être qu'intérieurement je m'y attendais, ou bien était-ce la fatigue qui m'empêchait de réagir ? Non, je pense plutôt qu'au fond de moi je pouvais concevoir que l'on aime ôter la vie... Des moments de mon passé me revenaient et étayaient ce sentiment. Après tout, lorsque l'on parvient à harponner un ocelot, qu'il est à notre merci, qu'il ne manque qu'à lui donner le coup de grâce pour qu'il cesse de se débattre et enfin pouvoir le capturer, on se sent infiniment puissant. Je supposais que tuer un homme devait donner le même genre de sensations, voire plus encore. Mais je gardais ces réflexions pour moi, j'avais fait mon lot de dégâts pour la journée, autant ne pas en rajouter. Et puis, comme Pavel l'avait si bien dit : cette discussion était terminée.

Je me mis soudain à bailler, et quand je m'aperçus que mon compatriote était aussi exténué que moi, je me sentis soulagé. " Allons dormir " dis-je doucement. Je n’ai pas poussé le vice jusqu’à lui souhaiter la bonne nuit, car je savais que ni lui ni moi n’aurions de doux et agréables rêves. Pavel se dirigea alors vers la place qui lui servait de lit de camp et moi je me coulais de nouveau de la bûche pour me retrouver au sol. Je me suis contenté d'attraper mon sac et de m'en servir pour caler ma tête. Je n'avais pas envie de couverture, le feu me tenait suffisamment chaud. La vodka aussi. Et puis, quand on a déjà passé des nuits et des nuits dans du linge humide, on devient bien moins regardant sur le confort matériel. Je me suis donc étendu, tournant le dos au feu et à mon compatriote, la tête lourdement posée sur mon sac. Trouver le sommeil ne fut pas compliqué ; il me narguait depuis longtemps déjà et mon corps me remercia de l'y plonger entièrement.

***
J'ai dormi comme si ça ne m'était pas arrivé depuis des semaines. C'était un sommeil lourd, très lourd, sans rêves et sans cauchemars. Pourtant, dès l'aube, j'étais réveillé. C'était une sale habitude que j'avais, car j'aurais bien fait une grasse matinée après une nuit pareille. Je me suis relevé, un peu groggy et la tête encore un peu embrumée par l'alcool. Je jetai un rapide coup d'oeil vers Pavel qui semblait dormir encore. Il allait falloir que je trouve de quoi m'occuper.

Premièrement : me désaltérer. Hé, c'est que nous n'avions pas bu que de l'eau dans la soirée, du coup j’avais la bouche vraiment pâteuse. C'était désagréable. Sans me lever, je commençai à rechercher ma gourde - que j’avais balancé quelque part - quand je me souvins que j'en avais versé le contenu au sol... Ah bravo ! Vraiment, quel génie ! J'enfouis ma tête dans le sac d'un geste énervé pour étouffer le grognement que je ne pus réprimer. Ma tête se heurta alors à un objet tout rond. Il me fallut peu de temps pour me rappeler que j'avais embarqué un stock de pommes plutôt conséquent. Avec rapidité j'en attrapais plusieurs et croquai dedans. Leur jus me suffirait à me désaltérer pour un temps et le sucre qu'elles contenaient me donnerait l'énergie qui, pour l'heure, me manquait cruellement.

Mais, pour quelqu'un qui manquait d'énergie, je faisais tout de même pas mal de bruit. Aussi je jetai souvent de rapides coups d'oeil vers la couche de mon compatriote pour m'assurer qu'il n'était pas gêné. Mais, apparemment, rien ne le perturbait. En croquant dans ma troisième pomme, j'ai subitement pensé qu'il faudrait peut-être lui en laisser quelques-unes, comme il l'avait fait la veille avec de drôles de fruits venant d'ici. Je me levai aussi doucement que possible, en m'appuyant sur la bûche qui, décidément, avait été mon plus fidèle support dans ce monde. Je tenais debout, mais ma cheville me faisait encore souffrir ; si la douleur s'était tenu tranquille durant toute la soirée, ce n'était que pour mieux revenir à la charge en cette matinée, m'arrachant au passage un léger cri de surprise et de douleur. J’ai clopiné vers la pierre plate où Pavel avait passé la soirée et y déposai plusieurs pommes, en espérant qu’il apprécierait le geste.

Puis je retournai vers ma souche pour… attendre. Je souhaitais simplement que ça ne durerait pas trop longtemps, car je me sentais de nouveau oppressé par tant de vert. Les arbres immenses abritaient des oiseaux qui chantaient et bien qu’il s’agissait d’un bon présage, signe qu’il n’y avait pas de danger imminent, leurs mélodies ne me calmaient pas franchement. Je profitais de ce temps seul pour réorganiser mes affaires et remettre un bandage de fortune sur ma cheville.

Mon compatriote émergea peu de temps après que j'eus fini, Sans dire mots, il mangea les fruits que j'avais déposés pour lui, puis a rassemblé également ses affaires. Je l'ai aidé à décrocher les deux carcasses qui trônaient la tête en bas sur des poteaux et, tout comme la veille, nous les accrochâmes sur les deux branches. Nous nous sommes mis en route, toujours aussi silencieux, communiquant à peine par des regards ou des gestes. Une fois sortis de la forêt, je me sentis revivre : un air frais venant du Nord emmenait des notes iodées qui me revigoraient.

Nos pas, eux, nous dirigeaient vers l'Est. C'était donc là qu'il se trouvait le fameux village ? J'étais curieux de savoir comment allait se passer cette nouvelle journée...


** Fin **



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MessageSujet: Re: Opening Day Aujourd'hui à 16:05


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Opening Day

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