Reindeers are better than people

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MessageSujet: Reindeers are better than people Mer 2 Avr - 14:20

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J’ai toujours préféré la compagnie des animaux à celle des humains. En arrivant dans ce Nouveau Monde, j’aurais pensé que ça aurait été quelque peu différent. Les gens, ici, sont plus agréables, sont plus gentils, humains, même. Je me suis fait de nombreux amis et j’ai côtoyé de nombreuses connaissances. Ils sont respectueux et ils sourient. Ça fait changement : du plus loin que je me rappelle, j’ai toujours vu des regards méprisants répondre à mes sourires, des commentaires déplacés fuser çà et là. Les humains sont capables d’une cruauté sans pareille. Et s’ils sont moindrement capables de faire preuve de cruauté envers leur propre race, de procéder à des génocides et des massacres sans nom, on ne peut qu’à peine imaginer ce qu’ils peuvent faire à de pauvres créatures sans défense.

Si j’avais pu, souvent, je crois que j’aurais préféré vivre dans les maigres restants de nature intouchée par l’être humain. Je me serais enfuie dans les fjords, perdue dans les montagnes, dans les forêts pour ne plus jamais revenir. Les animaux ne m’ont jamais jugé. Avec eux, je suis une égale et non une inférieure. Je suis comme eux une parcelle d’existence dans un monde qui a bien voulu m’accueillir, rien de plus qu’une minuscule parcelle dans l’atmosphère infinie. Je ne serai jamais, comme certains, une mégalomane assoiffée de pouvoir, croyant que tout lui appartient, que tout lui est dû. Rien n’est acquis simplement en naissant.

L’harmonie est importante. J’y crois fermement.

J’aurais cru qu’ici, je me serais rapprochée plus de ceux de mon espèce. En l’occurrence, j’ai trouvé cette nouvelle terre trop fascinante, la faune beaucoup trop riche, pour même considérer me rapprocher plus qu’il ne le faut. Si je ne suis pas au campement, je suis ailleurs et j’explore. Je peux rester des nuits entières à dormir sous la belle étoile à écouter les différents cris des différentes espèces. J’adore tenter de leur trouver un nom, de leur trouver des similitudes avec ceux de l’ancien monde. Il faut bien s’occuper, et cette occupation m’est agréable.

Un spécimen trouvé récemment dont l’allure et la similitude avec le dauphin est le chien a gardé depuis quelques semaines mon attention. Jadis, je me suis retrouvée à entraîner ces deux créatures utilisant des moyens largement différents. Il me fallait donc trouver de nouvelles tactiques afin de dresser cette créature fascinante. Sans que je sois si étonnée, j’ai réussi, avec l’aide précieuse de quelques poissons pêchés, à me lier d’amitié avec une jolie femelle lisse et grisâtre traînant avec elle une petite famille constituée de trois chiots. Et, bien que Gavin m’ait dit à de nombreuses reprises que je n’arriverais jamais à dresser ces bêtes, eh bien, j’y suis arrivé. Évidemment, leur incapacité à rester en-dehors de l’eau pour plus de quelques heures était quelque-chose de passablement dérangeant : cependant, depuis que le lagon a été découvert, il est facile de les déplacer sans problème de celui-ci à la plage, où je me fais un malin plaisir à nager avec eux – et les entraîner à pêcher avec moi.

Depuis quelques jours, je résidais sur la plage, à écouter les vagues et à entasser poissons et crustacés différents. Les bêtes semblaient faire d’énormes progrès et j’en étais grandement satisfaite. J’étais revenue avec mes chiens et mon panier rempli de poissons divers, mettant fin à ma petite excursion. Après avoir guidé ceux-ci au lagon, je m’étais mise en route vers le village, où des gens de mon espèce m’attendait probablement pour de la nourriture – même si, en fait, je ne crois pas que nous en manquions. Un peu de poisson ne fait de mal à personne, cependant. C’est très nutritif, et probablement bourré d’Omega 3, même si, ici, je ne crois pas que ça ait une grande importance, quoique…

Certains pourraient grandement bénéficier d’un peu plus de matière grise, sans vouloir être méchante ou quoi que ce soit. Bref.

Je n’annonçai pas nécessairement ma venue, ne faisait que déposer mon panier au milieu du village pour annoncer qu’il y avait plus de nourriture – ce soir, un peu de poisson sur le feu serait totalement merveilleux – avant de me diriger vers mon abri. Ça faisait un bon moment que je ne m’y étais pas nichée. D’ailleurs, Hans et Aleksander me manquait. Ces chachèvres étaient probablement celles qui me comprenaient le mieux, à défaut de tous ces gens étranges qui vivaient dans ce village.

Le son de mes pas sur la terre est parfaitement audible alors que je me dirige vers le petit enclos derrière mon abri, fredonnant une chanson d’un passé distant alors que je remarque la chose la plus affreuse de tout ce Nouveau Monde.

Non.

Oh non. Non non, non. Non.

L’enclos. La porte est ouverte. Mes chèvres sont nulle-part dans mon champ de vision. Oh non.

« Oh, faen! The one who did this is going to pay! » fulmine-je, ma rage se transformant très vite en une profonde panique.

« Hans? Aleksander? »

Mes appels ne trouvent aucune réponse par un bêlement miaulé. Mes chèvres se sont sauvées. Comment ont-elles pu me faire ça? Mes bébés! Elles vont se retrouver sur les collines! Non, c’est impossible! Elles sont inoffensives, elles ne pourront pas survivre sur les collines seules! Elles ont besoin d’être gardées près de nous! Oh non, je pense à tous ces prédateurs et leurs dents acérées… dans leur cou! Non, elles sont fragiles, trop fragiles, il faut que je les retrouve avant que quelque-chose ne leur arrive! Voilà, c’est décidé : aussitôt arrivée, aussitôt repartie. Je dois retrouver mes chèvres avant qu’elles ne s’éloignent trop! Leur fragilité sera leur perte. Elles sont beaucoup trop affectueuses! Elles verraient un ours et auraient envie de se frotter contre lui, sans même savoir qu’en faisant ce simple mouvement, elles courent à leur mort! Une mort certaine, douloureuse, non, non! N’y pense pas, Kaja. C’est trop horrible.

Allez, il faut retrouver ces chèvres!

Je me dirige donc vers les collines. De petites oreilles dressées m’accueillent, suivis d’un bêlement. Oh! Je m’approche, doucement, afin de voir plus clairement quand j’entends des pas furibonds derrière moi, puis une voix qui se met à tonitruer des injures. Les oreilles de la chachèvre Alexandrienne se baissent soudainement. Oh, oh non! Si près!

Je me retourne donc pour mettre un visage sur cette voix non méconnue. Ashton.

« Stop that! » le somme-je, gesticulant. « You’ll scare Hans! »
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MessageSujet: Re: Reindeers are better than people Mar 29 Avr - 18:17

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. . . usually . . .

STEP ELEVEN.
« Je t’aime à la haine. J’aurais aimé que ces quelques mots aient le pouvoir de t’ébranler, de brusquer la lumière qui clignotait toujours vicieusement au fond des ténèbres de tes prunelles. J’aurais adoré, mais il n’en fut jamais rien et tout ce qui me reste sont ces vieilles paroles pleurées désespérément contre mon oreiller. Regarde-moi. Regarde-moi. Je t’aime à la haine. »

Dans mon cœur sommeille la léthargie contemplative qui suit communément tout événement dont la portée initiale ou la pertinence nous dépasse sans qu’on ne puisse comprendre pourquoi du premier coup d’œil. Dans mon cœur somnole le parcours d’une personne qui ne sait comment envisager avec justesse les sourires qui viennent éclairer les visages des gens qui l’entourent. Depuis l’atterrissage tonitruant du cargo envoyé par Oliver, j’ai l’impression que ma dynamique à quelque peu changée, sans que, pourtant, je ne modifie quoique ce soit à mon attitude. C’est peut-être le fait de m’être retrouvé au cœur d’une cacophonie humaine de mon plein gré qui me donne cette impression, car s’il est inévitable de connaître la majorité des gens de par la faute de notre proximité physique commune, il n’est pas nécessaire de les approcher, d’interagir avec eux. Mes contacts, jusqu’à maintenant s’étaient toujours résumés à quelques accroches rapidement oubliés, qui se perdaient dans le flou de mes contacts avec Lena et Gavin. Émilie-Anne, aussi, en un sens, peut-être. Maintenant, j’étais allé me fourrer de mon plein gré, alambiques vicieuses fusant hors de mes lèvres, car Oliver était et sera toujours un con, dans le gros du mouvement de la foule.

Sans réellement me changer, j’avais, ce jour là, fait un pas en avant.

Mes doigts se crispent contre le papier épais de mon journal, pas l’un de ceux appartenant à Kohaku, non, ceux-là sont précieusement enfouis dans une solide boîte de ma confection, chez Gavin. Le journal que je tiens entre mes doigts compte parmi ceux que j’ai amenés avec moi alors qu’ils étaient encore vierges d’écriture, lors de mon passage dans la lumière qui me propulsa dans les hautes herbes du champ de pierres. Je ne couche pas bien souvent ma personne sur leurs pages, car mes outils d’écriture existent en quantité tristement limitée et que je dédaigne l’idée de soudainement me retrouver sans leurs existences pour me rassurer. L’écriture, l’intelligence, le progrès que communique les lettres. D’ici le moment où je trouverai une manière de recréer un semblant de papier et de plume, je n’écrirai pas bien souvent, je limiterai mes usages de mes chéris matériaux, mais, en vue des récents événements, je m’offre ce luxe à l’instant. Je relate mes théories concernant l’arrivée du cargo, j’émets des hypothèses quant à l’état du Premier Monde, je revisite les souvenirs des vieux livres écriant l’ascension de Gracian Anghel que j’avais déniché vers Oliver, une ascension s’étant produite 60 ans après ma cryogénisation, une ascension que j’aurais pu vivre en tant que vieillard dans un autre univers. Je réfléchis, je pense et mon regard se perd dans les lettres tracées sur les pages, se perdent dans les brins d’herbe qui entourent l’endroit où j’ai choisi de m’installer pour profiter de la candeur de ce que je considère être une émulation du printemps.

Je réfléchis, je pense, tranquille. Puis se dérobe à moi le récipient de mes pensées, le livre glisse hors de mes paumes presque doucement et je n’ai pas immédiatement le réflexe de lever la tête pour confronter du regard l’individu ou la créature qui tente de me l’arracher. Je fixe la strie de mine qui s’allonge sur le papier, presque interdit, imaginant la route sanglante empruntée par les gens de la résistance. On m’arrache finalement mon livre des mains et ce n’est que lorsqu’il ne touche plus ma peau que je relève la tête, surpris, les yeux écarquillés, de nouveau projeté dans cette réalité trop réelle pour m’accommoder. L’herbe sous mes cuisses devient plus qu’un simple élément du décor et je plante mes doigts dedans pour pouvoir me propulser en une position debout.

Le fautif au vol de mon livre est l’une des chachèvres que Kaja, une pionnière de plus, a cru bon de foutre dans un enclos. Un animal domestique qui ronronne, qui miaule, mais qui n’a aucunement la prestance des félins que je connais. Kohaku qui ondule, Kohaku qui sourit et la mâchoire de cette chèvre qui se resserre un peu plus sur la surface de ma possession. Elle ronronne, presque joueuse. Je rugis, m’élançant à sa suite.

La chèvre s’élance vers les collines, je la poursuis, vociférant et grognant tout du long. Habituellement, ces animaux ne me posent nullement problème et je suis souvent allé à leur rencontre, préférant leurs miaulements aux murmures des humains. Aleksander et Hans, un peu comme Poulette, sont des créatures que je m’adonne à côtoyer, lorsqu’elles sont dans le confort de leurs enclos, auxquelles je m’amuse parfois à parler quand aucune oreille n’existe pour m’épier. Toutefois, mes livres restent ce que j’ai de plus précieux et ne sont en aucun cas des jouets qu’une créature peut se permettre d’utiliser comme balle artisanale.

« Get the fuck back here. This is not funny ! »

Notre course non-désirée – du moins lorsque je suis concerné – nous fait arriver à la hauteur de la Blanche Neige locale en une volée de pas qui heurtent le sol avec une intensité brutale. La jeune femme se retourne vers moi en une apposition désapprobatrice et inquiète, me somme de me la fermer, parce que visiblement monsieur Hans a peur des grosses brutes qui gueulent. Je grogne tout haut.

« See if I give a fuck about scaring it ! I just want my book back ! »

Nous avons donc une chèvre terrifiée et son congénère qui s’amuse, visiblement, à me faire tourner en bourrique.

« Why did you even let them get out of their paddock ? »



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MessageSujet: Re: Reindeers are better than people Ven 23 Mai - 1:25

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Les oreilles baissées de Hans confirment ma crainte. Un bref regard en sa direction me laisse savoir qu’il gambade plus loin, telle une gazelle en fuite. Bon, moins la grâce et l’agilité, mais l’analogie est tout de même quelque peu décente, compte-tenu de la situation. Ashton ferait un très joli guépard.

Un guépard fainéant, mais un très joli guépard tout de même.

Il fait même un grognement assez convaincant pour faire FUIR MON HANS ENCORE PLUS LOIN. Désespérée, je tends une main vers ma chachèvre et tente de l’appeler, mais, apeurée, celle-ci continue sa joyeuse course plus loin sur les collines. Les collines les collines qui mèneront à sa mort les collines qui seront sa fin car les autres ont faim, oui. Non. Non.

« But he’s just scared and confused; he doesn’t know what he’s doing! »Je gesticule toujours, tentant en vain de calmer la marée furibonde s’élevant dans le regard du jeune homme. « Your book is probably used as a comfort object! »

Oui, bien sûr, mais ça, ça ne règlera pas le problème qui se pose devant nos yeux. Mes chachèvres sont toujours en fuite et Ashton n’a toujours pas son livre, ce qu’il tente de récupérer, visiblement.

La rage bouille mes veines et coule de mes yeux, le cramoisi envahissant mes joues. S’accentue les tonalités norvégiennes teintant mon anglais presque parfait, mes r se roulant plus qu’à l’habitude alors que je m’exclame.

« I didn’t! Someone else did and that person is going to pay for it » Furibonde, mon ton oscille entre les tons aigus et rageurs, mes poings serrés témoignant de ma panique intérieure. C’est bel et bien une panique qui me prend aux tripes et elle est telle que ma rage s’estompe et laisse place à un soudain désespoir, les larmes se faisant plus intenses sur mes joues alors que je continue, mon souffle ne m’arrêtant aucunement alors que je place les mots les uns après les autres sans retenue aucune. « my poor babies they can’t just be thrown back in the real world it’s way too cruel for them what am I going to d— »

Mon rythme de parole ayant atteint une célérité inattendue, je me stoppe, reprenant mon souffle. Je me sens incompréhensible autant par le regard de mépris que me jette Ashton que par la chaleur de mes joues. Je dois me ressaisir. Machinalement, je viens assassiner les larmes coulant de mes yeux du revers de ma main, rescapant les mèches de ma chevelure s’étant échouées sur mon visage pâle, entre mes yeux dépareillés. D’une manière, j’ai l’impression qu’un éclat tumultueux de la part du centenaire devient une perspective beaucoup plus effrayante pour mon pauvre Hans que n’importe quel autre prédateur venant de ce Nouveau Monde.

« I… I’ll get your book back. Just help me out; and don’t scream! It wouldn’t settle anything. »

Qui aurait fait une chose pareille? Je ne crois pas être en mauvais termes avec personne dans le village; je suis toute aussi inoffensive qu’Aleksander et Hans, en ce sens! Bien que Gavin ait du mal à supporter ma grande complicité avec la faune et le mal que j’apporte involontairement, parfois, à ses patients, je ne crois pas que personne n’ait eu une dent contre moi!

Je n’espère pas, en tout cas. Ce serait vraiment désagréable de penser que quelqu’un puisse me détester. Autant ne pas y penser.

Je m’empare de la main d’Ashton pour le pousser à s’aventurer avec moi dans les collines – ce n’était pas une proposition, mais bien un ordre que je lui avais donné, plus tôt. Enfin, c’est peu dire. Je sais qu’il n’écoute personne, hormis peut-être Lena, mais s’il tient vraiment à son livre, peut-être entendra-t-il raison. De ce fait, après quelques pas dans la direction de la seule chachèvre se trouvant dans notre champ de vision, je trouve bon de lui lâcher la main et de continuer un peu en avant.

« The best way to drag them out would certainly have been with food. But since one has a book… And that they are prone to eating pretty much everything, I don’t know if it’ll work. » Brièvement, je repense à ce que je viens de dire et mon souffle se coupe. « Oh—I, I shouldn’t have said that. The book will be fine. If Hans keep running for a while, it won’t even have the time to touch it! Don’t worry. The grass does look better than your book, I’m sure! And if he stumbles on a flower bed, everything should be fine! Let’s just hope he doesn’t drop it in a fissure or something. » Je ramène la paume de ma main à mon front, soupirant longuement. « I shouldn’t’ve said that, either. Sorry. »

Vraiment, parfois, je devrais seulement m’arrêter de parler. Mes lèvres se tirent dans une moue découragée alors que je continue d’avancer. L’objectif s’éloigne toujours et il n’y a aucun moyen duquel je pense qui pourrait aider à les rapporter.

Brièvement, l’image du berger allemand tenu par la garde des Orphelins de la Nation revient à moi. Ce noble animal aurait probablement pu rassembler plusieurs troupeaux de Chachèvres en un instant. Peut-être devrais-je penser à trouver un animal aussi fidèle que les chiens; un animal qui serait capable de faire comme les chiens berger faisaient à un certain temps. Ce pourrait être complexe, cependant. Les chiens de l’Ancien Monde étaient tout de même des bêtes qui avaient été domestiquées depuis des millénaires. Refaire la même chose prendrait probablement beaucoup plus qu’une vie; beaucoup plus que la mienne.

Leur faire peur pour les ramener au village, cependant, pouvait être une option. Une option qui me brisait le cœur, mais une option tout de même.
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MessageSujet: Re: Reindeers are better than people Sam 13 Sep - 19:09

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La panique, la colère, le désir virulent de me retrouver face à la possibilité de transformer la chachèvre responsable de mon émoi en steak, fissurant ma contenance, je fixe Kaja qui se répend en protestations. Elle tente de calmer le jeu, d’adoucir l’atmosphère pour que les percées électriques émanant de mon corps ne soient pas en mesure de faire le moindre mal à ses précieuses bêtes. Pourtant tout ce qu’elle piaille ne me parait qu’ajouter plus d’huile sur le feu craquelant de mon émotivité.

Je la toise, sourcils froncés, lèvres pincées, corps crispés sous la tension de la course et de la crainte de voir mon journal, toutes les pensées entassés depuis mon arrivée ici, s’envoler en poussière.

« The fuck ? Aleksander isn’t confused nor is he scared ! He’s just playing me like a fool ! My journal is being used as a bloody toy ! »

À mon sens, ce n’est même pas l’objet qui intéresse le nauséabond mammifère qui sautille et gambade une vingtaine de mètres plus loin, élargissant la distance qui nous sépare de lui avec chaque seconde qui passe, non, c’est l’intéraction humaine, l’acte de la poursuite, du jeu. Dans le cas contraire, Aleksander ne serait pas venu me subtiliser mon livre d’entre les doigts et aurait plutôt choisi de s’amuser avec un bout de corde ou un panier quelconque. Il veut jouer, le connard, et il a décidé de jouer avec moi.

Et, dans tous les cas, rien de cette salope de situation ne se serait produit si quelqu’un – et nous serons deux à lui défoncer la gueule lorsque nous aurons récupéré nos biens respectifs si je juge bien l’expression qui anime le visage de Kaja – n’avait pas jugé bon de laissé les animaux vagabonder librement. L’anglais, langue à peine plus commune que le russe, ici, sautille haineusement dans la bouche de Blanche Neige, roucoulant une vengeance qu’il m’apaisera assurément d’observer. Je me moquerais, assurément, de cet accent refoulé qui remonte à la surface, si ce n’était mon livre, heureux gagnant d’un allé-simple express pour nulle-part, qui serpente les collines dans la bouche puante d’un espiègle bout de bétail.

Puis aussi soudainement la colère s’est-elle profilé sur les traits de la norvégienne qu’elle la quitte à demi pour être rapidement remplacée par sa consœur agaçante ; l’inquiétude. Une inquiétude qui vrille son visage de larmes et de mèches folles. Je mords l’intérieur de ma joue dans un effort diluvien de ne pas l’attraper par les épaules pour la secouer comme une poupée de chiffon, car, après tout, elle sait probablement mieux que moi comment dompter les chachèvres qui miaulent leur dévolu dans l’herbe luxuriante des collines. Je me contente donc de projet mes mains en l’air dans une mimique exaspérée, ma voix récoltant quelques décibels de plus au passage, et je lui crache au visage, nerveux, stressé, inquiet et, par-dessous tout, frustré :

« They belonged in the real world before you sheltered from it ! They sure won’t die on the hills, or else most people in the godamned village would have been eaten a long time ago ! My book is the real casualty here ! »

N’est-ce pas véridique ? Avant que nous arrivions, ces chèvres miaulantes vivaient en milieu sauvage, comme tous les animaux de ce foutu bout de terre perdu au beau milieu d’un univers inconnu d’ailleurs, et ne m’avaient jamais apparues être en voie de disparation. Signe qu’elles pouvaient vivre hors d’un enclos sans réel problème au niveau de la chaîne alimentaire. Ce n’est que la dégaine humaine qui avait fait en sorte que Kaja juge correct de les enfermer, de se les approprier. Dans les faits, je m’en fous, ce n’est pas vraiment un jugement, je me plais généralement bien de la présence des herbivores, mais de là à dire que qu’il ne faut pas les intégrer à un monde qui a été le leur avant d’être le notre . . .

C’est stupide.

Je continue de la toiser, attendant une réaction pertinente de la Grande Dame Animalière, l’observant retourner son visage à un état moins ébouriffé, effacer les stries trempées de sur ses pommettes. Elle me promet, toute chevrotante, tout en me sommant une nouvelle fois de ne pas faire trop de bruit sous peine d’offenser les sales chipies ronronnantes, qu’elle récupérera mon livre.

J’espère pour elle qu’elle ne tente pas simplement de m’amadouer. Je ne donne pas cher de ses animaux dans le cas contraire. Rien, absolument rien, n’a plus de valeur que ses mots, que mes mots, dans ce monde nouveau, dans cette existence tortueuse.

Mon pendentif trace une ligne froide sur mes clavicules, alors que la petite indigène blonde s’empare de ma main pour m’entrainer à sa suite, dans la direction dans laquelle les chèvres se sont enfuies, l’une effrayée par mon arrivée, l’autre amusée par mon malheur. Je la suis, désespéré, désireux, de pouvoir sentir les pages de mon bouquin se plisser sous mes doigts, lui emboîtant le pas sans poser de question. Je suppose que ma coopération silencieuse est ce qui fait en sorte qu’elle lâche bien vite ma paume, progressant vers Hans, balbutiant des inepties.

Je ne veux pas songer à une perte supplémentaire.

Je la dépasse, accélérant ma cadence, car les chachèvres ne semblent pas très disposées à amenuiser la leur, un sifflement grogné filtrant hors de mes lèvres.

« Just shut up, you are making it worse. »

Je regarde la forme, de plus en plus petite, du seul mammifère encore visible, puis fais un retour en arrière, rewind, sur les idioties névrosées prononcées pas Kaja. Je coupe mes mouvements pour me pencher et arrache de l’herbe à pleine mains, sentant la végétation se rompre sous mes doigts. Mes cheveux me tombent devant les yeux et je déracine donc à l’aveuglette quelques secondes avant de me redresser.

« Flowers, you said ? So we could gather a bunch of these sweet girls and distract him with them, is that it ? »

Puis, je m’élance, sans la questionner ou demander mon reste, sans réellement attendre qu’elle opine ou désapprouve. C’est quelque chose, surtout considérant que je ne connaisse pas un animal qui ne se laisse pas appâter par le met le plus appétissant. Je sais que près de l’un des vallons, sont éparpillées quelques plantes ravissantes. Si j’arrivais à m’en remplir les mains . . . peut-être que . . .

Des fleurs seront mieux que mon bouquin, n’est-ce pas ?




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MessageSujet: Re: Reindeers are better than people Mar 26 Mai - 3:26

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Et voilà que la Grande Chasse s'active, comme une silencieuse preuve d'une grande conquête, d'une stupide conquête, parce que d'un œil objectif, tout peut sembler simple et grossier, les comportements beaucoup trop basiques pour être réels, trop simples pour que ce soit véridique.

Et pourtant, nous voici, deux êtres humains dans un monde qui n'est pas le nôtre, un monde qui nous paraît si différent, si aliénant, mais similaire, à la fois, à cette chose qui nous servait de maison avant notre arrivée. Nous voici, créatures étrangères, pourchassant cette nature qui nous est si proche et qui nous paraît pourtant si loin, compte-tenu de notre existence loin de cette culture qui nous a été si jalousement arrachée par des idéologies contraires et contrariantes.

Je ne peux m'empêcher de me sentir mal, de me sentir indigne, de me sentir frustrée par les diatribes acerbes qu'Ashton me lance et, pourtant, je reconnais que je suis dans le tort avec mes explications trépidantes. Vraiment, parfois, je devrais choisir le silence au lieu de me fondre dans des paroles qui ne font qu'attiser les flammes des plus impulsifs et des plus susceptibles.

Hans et Aleksander continuent de s'éloigner et Ashton s'est lancé à leur poursuite, reprenant l'idée des fleurs, s'emparant de l'herbe fraîche des collines pour s'enfuir, me glisser des mains sans la moindre explication et je tente en vain de le retenir, ma main franchissant la distance nous séparant, effleurant son chandail, mais il m'échappe, comme m'échappe une quelconque syllabe le sommant d'attendre de m'attendre, tout du moins. Rien n'y fait, il est parti, il cueille des fleurs, au loin, et l'idée, soudainement, me paraît plus agréable, beaucoup plus agréable, que de les effrayer comme le faisait les chiens de berger afin de les ramener rapidement dans leurs enclos.

Un soupir de soulagement s'échappe de mes lèvres. Peut-être que si on leur paraît inoffensifs, si nous ne faisons que vaquer à nos occupations, les chachèvres reviendront d'elles-mêmes. Elles sont curieuses, c'est bien la raison pour laquelle Aleksander s'est emparé du livre, non? Elles sont curieuses, alors si elles nous voient créer un bouquet coloré, appétissant, elles reviendront. Oui!

Elles reviendront et Aleks' lâchera le livre pour grignoter quelque-chose d'autre, ronronnant son appréciation de ces fleurs qui goûteront bien mieux que ces pages qui ont été fabriquées dans une usine. La rosée perlant encore sur les fleurs paraîtra beaucoup plus appétissante que les taches d'encre ornant les pages remplies par Ashton.

Ainsi vins-je à sa rencontre, un grand sourire aux lèvres. La colline abondait de fleurs diverses, alors nous pourrions nous en donner à cœur joie sur la récolte. Je lui offre ce sourire qui orne mon visage, m'empressant de le féliciter d'une légère pression de mon poing sur son épaule.

« You are brilliant! I have to say that I like your idea way better than the one I had, haha. This is perfect – they'll be dragged out by their own curiosity. We won't even need to hunt them down. »

Oups. Peut-être que j'aurais dû me taire sur mon idée. Tant qu'il ne demande pas ce que c'était, cependant, je ne devrais pas avoir de problème.

Je m'affaire alors à ramasser des fleurs, des fleurs et encore des fleurs, toutes plus colorées les unes que les autres, lançant des regards à la dérobée à Hans qui semble s'être arrêté dans son élan pour nous observer.

Ces regards qu'ils nous lancent continuent pendant plusieurs minutes où il avance, puis recule, gambadant, ronronnant, bêlant de temps à autres. C'est ainsi que, quelques secondes plus tard, je vois soudainement les oreilles dressées d'une comparse chachèvre plus loin – Aleksander! Ça y est. Le plan fonctionne.

Je dois réellement me stopper dans mon élan de trépidations intenses et de rires parce que sincèrement je l'aurais fait et ça aurait très probablement mis fin à notre plan diabolique pour reprendre le livre.

Je trouve quand même que c'est une bonne occasion pour interpeller le centenaire, un air complice au visage.

« Psst! Look who's coming. »

La chachèvre, hésitante, gambade près, bêlant doucement, montrant son soudain intérêt envers notre activité banale. Hans va soudainement rejoindre son comparse en gambadant joyeusement et les deux se sentent le museau, puis observent, jugent, de loin.

De trop loin pour que je puisse distinguer clairement Aleksander.

Mais j'aurais pu jurer que le livre n'était plus dans sa gueule.

Oh. Oh non.

Quelques minutes encore avant que les créatures ne viennent à notre rencontre, des minutes vraisemblablement interminables où elles se roulent dans l'herbe, gambadent, nous lancent des regards, avant de finalement, finalement venir à notre rencontre.

Aucune des deux n'a le livre dans la gueule.

Aucune des deux n'a le livre dans la gueule et je me sens devenir encore plus pâle que je ne le suis habituellement.

Au moins, le plan a marché, les chachèvres sont en train de joyeusement brouter les fleurs que nous avions ramassées.

Mais… Mais maintenant, le livre est perdu et il est impossible de savoir dans quelle direction Aleksander est allé avant de l'abandonner comme un vieux chiffon.

« Oops. » Murmure stupide. Je lance un regard vers Ashton et je le sens déjà bouillonner de rage. Mon regard, évasif, se tourne vers les deux créatures. « I should really bring them back in their enclosure before anything else happens but. Uh. »

Je soupire. Ma gorge se serre.

« The book. We need to find the book. Can you. Just give me a minute. I'll help you search. »

Si j'attrappe celui qui a ouvert l'enclos, il aura de gros problèmes. Et pas seulement de moi. Je vois déjà Ashton qui fulmine. Plus qu'il ne fulminait toute à l'heure. Je m'empresse de ramener mes bêtes dans leur enclos, courant vers Ashton ensuite.

L'état dans lequel je le retrouve n'est pas le meilleur de ses états et c'est presque à reculons que je franchis les derniers pas qui me ramènent à lui.


[HRP : je m'excuse c'est tellement de la marde oh my god.]


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