Le champ de pierres - Tueur. Menteur. Vengeur.

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MessageSujet: Le champ de pierres - Tueur. Menteur. Vengeur. Mar 19 Aoû - 16:07

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Garrett E. Halsey - R.I.P.

Un crissement.
Quelle heure est-il ?
Oh, et puis merde, je m’en fous.
Ah… Non, la blessure est encore dans un sale d’état.

Il est temps d’ouvrir les yeux.

Le soleil était levé depuis déjà quatre ou cinq heures, alors que je m’éveillais doucement, engourdi par le sommeil et par ma blessure encore nouvelle. Essayant de ne pas trop me mouvoir, je jetais un coup d’œil à mon pansement. Il tenait encore un peu la route, mais je ne devais pas attendre trop longtemps avant de voir un docteur sinon, un pansement de plus ou de moins ne me serait guère utile.

M’appuyant doucement sur mes mains, qui pénétraient dans le matelas comme s’il était composé de guimauve, je soufflai bruyamment, exprimant ainsi ma douleur. Hier soir, la fatigue et la peine m’avaient complètement lessivé et je ne pensais plus à ce coup de couteau qui me déchirait de l’intérieur. Mais ce matin, ce n’était plus la même chose, et j’allais faire les frais de mon incompétence à tuer cet homme correctement.
Tombant à genoux quelques minutes après m’être levé, j’expirais un grand coup. Habituellement, je m’entrainais le matin, quelques pompes et abdominaux histoire de faire chauffer mes muscles, mais il était hors de question que je fasse ce genre d’exercices ce matin. Non, aujourd’hui, je partirais simplement. Je me relevais donc, petit à petit, et je pris mon sac. N’ayant pas pris la peine de me déshabiller hier soir, je préférais prendre contact le plus rapidement possible avec le médecin du coin, plutôt que de me faire beau.

Descendant lentement l’escalier qui menait à la réception, je tendis les clés à la réceptionniste en lui assurant avoir rangé et fermé à clé la porte de ma chambre. Puis, toujours de mon pas lent, et me tenant le côté droit du ventre, je sortis de l’immeuble. La dame qui tenait l’établissement m’avait indiqué la maison du docteur Oliver, qui, m’avait-on dit, pourrait sûrement me soigner.
Après plusieurs minutes de marche éprouvante, la maison du docteur m’apparut. L’effort pour me déplacer était de plus en plus important, et arrivé en face de la porte, je commençais à voir trouble, luttant pour garder un semblant de dignité et de contenance.
Je m’écroulais alors, non sans avoir appuyé sur la sonnerie. L’ouverture de la porte amena une odeur particulière à mes narines, comme si l’espace qui se trouvait derrière cette porte avait été nettoyé de fond en comble. J’aimais bien cette odeur. Elle ne me rappelait rien, mais cette senteur m’inspirait quelque chose d’apaisant. Je flottais un instant dans un rêve, un rêve impossible, mais c’était souvent le cas des rêves…

Je ne me souviens pas particulièrement de la suite. Enfin, des trois-quarts d’heure qui précédèrent mon second éveil. Je me rappelle juste un homme souriant, et une légère piqûre, qui me détendit progressivement. Néanmoins, quand je revins progressivement à la vie - si le sommeil médicalisé peut être considéré comme une mort - je découvris cet homme, assis sur une chaise, dos à moi. Redressant la tête, je remarquai d’emblée mon torse nu et un bandage appliqué sur ma blessure, le tout d’une propreté étincelante et saupoudrée d’une délicate senteur aseptisée.
Bon. C’était bien beau, mais désormais, il fallait que je me bouge, que je présente mes excuses et que je règle ce docteur. Tentant de me relever, mais encore fragile, je retombais sur le lit sur lequel je me reposais jusqu’à présent.

Le bruit avait visiblement donné l’alarme à mon sauveur, qui se leva sans se presser et qui me dit :

« - Il serait peut-être bon que vous y allez doucement. Bien que j’ai soigné votre blessure, rien ne dit qu’elle ne se rouvrira pas avec des efforts trop conséquents. Je me nomme Alan Oliver. Et vous, comment vous appelez-vous ? »

J’aurais souhaité ne rien lui dire, demeurer l’ombre que j’étais depuis si longtemps. Mais la politesse m’obligeait à répondre, ne fut-ce que pour le remercier de ce qu’il avait fait :

« - Hum… Je me nomme… Garrett. Mon nom n’a guère plus d’importance. J’étais venu vous voir parce que j’avais une sale blessure. Je suis tombé sur un énorme morceau de verre, et j’avais besoin d’aide. Comment puis-je vous régler ? »

Le bon docteur avait une mine pensive. Il ne lui fallut pas longtemps pour donner sa réponse.

« - Avec un peu de vérité. Au moins un peu plus que l’histoire que vous avez réussi à tirer d’un fond de bouteille. Parce que je sais reconnaître une blessure. Et parce que cette blessure a visiblement été réalisée il y a un peu plus longtemps qu’une journée. Ce qui signifie que vous n’aviez pas si mal, ce qui m’étonnerait, ou alors que vous n’aviez guère envie que je vois la blessure à ses débuts… »

J’étais le cul entre deux chaises, pour parler vulgairement. Je ne voyais que peu de solutions pour mettre fin à cet interrogatoire forcé. Le tuer ne m’arrangerait pas, car le doc’ était visiblement connu dans le coin. Et puis je ne tuais que des résistants. Je n’allais pas abattre un civil sans aucune raison valable à mes yeux.
Réfléchissant rapidement sans détourner les yeux, je choisis alors de détourner une partie de mon histoire :

« - J’ai dérangé la mauvaise personne. Tapé un peu trop près de la fourmilière. J’avais besoin d’argent, et j’avais déjà fait un emprunt. Le boss du coin n’a pas aimé et a envoyé un de ses hommes me menacer. J’ai pu m’en tirer avec cette blessure, ce sur quoi l’homme m’a laissé encore trois jours avant que je ne ramène l’argent ou que je ne meure. Ça ne dérangerait personne vu que je suis seul, mais j’aime encore un peu la vie.

- Je vois. Alors comment voulais-tu me régler ?

- Il me restait un bout de sandwich, un couteau en bon état, et une gourde… Oui, bon, je sais que le troc, c’est la préhistoire, mais je ne peux pas vous dédommager financièrement maintenant. Déjà, je ne sais même pas comment rendre cet argent… »

Il resta de marbre, même après que j’eus fini mon discours. Peut-être que c’était encore plus stupide que ce que je pensais. Pourtant, quelle ne fut ma surprise quand il dit enfin :

« - Nous verrons. D’ici à ce que vienne votre règlement, dormez. Votre blessure est encore fraiche, et la guérison doit passer par du repos. »

Sur ces paroles, il sortit de la pièce. Et moi, je refermais les yeux, pour un nouveau départ dans les abysses du sommeil.

-

Réveil. Je me sentais mou. Comme si j’avais dormi des années. Me levant doucement, je remarquais que ma blessure, bien que toujours douloureuse, l’était moins, et n’avait pas l’air de saigner.
Après avoir fait le tour de la pièce, je remis mes vêtements, et je me mis à chercher le docteur. Celui-ci ne tarda pas à faire signe et vint directement à moi.

« - Bonjour, Garrett. J’ai finalement trouvé ce que vous pouviez faire pour me régler. D’après vos mots, vous vivez désormais seul, et si vous avez vraiment des gens à vos trousses, je peux vous proposer une solution.
Outre mon travail de docteur, j’envoie également des personnes ailleurs. Pour, disons… Explorer de nouvelles contrées. Vivre selon une autre manière. Je suppose que vous connaissez la résistance…
»

Je fus surpris, mais choisis de le laisser continuer.

« - Cette même résistance, que j’aide, m’apporte parfois des jeunes gens robustes et capables de recréer une société plus… clémente, dirons-nous. Et je veux que vous en fassiez partie. Bien que la moitié de vos informations soit peut-être un simple nuage de brume, je pense que si vous êtes envoyé là-bas, vous ne pourrez pas faire beaucoup de mal, et qu’au cas où je me tromperais, vous seriez un bon candidat au nouveau monde…

En serez-vous ?
»

Je n’avais qu’un mot à dire. Et bien que cet homme m’ait percé à jour, il me donnait aussi une chance, par sa basse estime de mon cas, de me venger. Je ne pouvais laisser des gens vivre une belle vie quand Toun et Tula avaient dû trimer, et mourir. Il était temps d’égaliser la balance.

« - J’en suis. »

-

Un bruissement.
Quelle heure est-il ?
Des étoiles dans la nuit.
Il faut que je me lève.

Me relevant, la tête encore brumeuse, je me rappelai de ce qui s’était passé. Le docteur m’avait installé dans une machine, avant de me tendre mon sac à dos. Il m’avait dit qu’il l’avait fouillé et avait juste enlevé les choses que je ne pouvais pas prendre, d’après lui. Je l’avais menacé, mais je me rappelle d’une sorte de sourire triste quand il me fit comprendre que le médaillon de Tula était toujours dedans.

Après un tourbillon de lumière, je me retrouvais finalement ici. Peut-être qu’il s’agissait seulement d’un vaste mensonge. C’était l’histoire d’un sédatif. Je ne savais pas. Je ne savais d’ailleurs pas grand-chose. Je regrettais brusquement d’être ici.
Si je mourrais ici, vivrais-je, dans une prochaine vie, avec les âmes que j’avais aimées ?

L’endroit était beau, à n’en pas douter. Pourtant, je ne me sentais pas à l’aise. Peut-être que mon essence ne résidait plus dans la beauté et l’harmonie. Ou peut-être que j’étais fatigué, et que je racontais beaucoup d’âneries.
Je décidais de me bouger. M’époussetant, je pris la direction d’un entrelacs d’arbres. Je ne savais pas où j’allais. Mais je trouverais quelque chose.

Et quand j’aurais trouvé, je me vengerais.
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