Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture

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MessageSujet: Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture Mar 9 Déc - 17:24

Eye Of The Tiger
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Tiré des songes par une douce sensation tiède sur ma joue, je finis par entrouvrir les yeux, juste assez pour me rendre compte que le soleil était déjà haut. Encore fourbu de la veille - Alek et moi avions mis les bouchées doubles depuis quelques jours pour la construction de notre fier navire embarcation - il me fallut plusieurs secondes avant d'émerger vraiment. Les muscles de mon dos grognèrent lorsque je m'assis et je dus rouler des épaules pour qu'ils s'adoucissent. Je massai mon cou lentement, prenant le temps d'habituer mes yeux à la vive lumière du jour. Cela promettait d'être une excellente journée et, par cette première grasse matinée sur Terra, je devais avoir au moins perdu la moitié de la matinée. Je sautai sur mes pieds et époussetai mon tee-shirt. Sur ma couche, improvisée comme chaque soir, je retrouvais mes différentes mues de la nuit : chemise épaisse, pull, manteau... Reformant vaguement un paquetage, j'enfournai tout cela dans mon sac avant de replier la toile qui m'avait abrité. Si, à mon arrivée, j'avais dû faire face aux températures encore assez rudes d'une fin d'hiver, je n'avais encore jamais pris le temps de me construire mon propre abri, celui que je construirai de A à Z de mes propres mains. Depuis quelques jours résonnait dans mon crâne la petite voix de la raison qui me suggérait de m'y mettre avant que l'hiver ne pointe son nez, mais je n'avais pas encore considéré la question. Après tout, nous n'étions qu'au milieu de l'été, autant dire que j'avais l'éternité devant moi !

La place du village était déserte, chacun vaquant à ses activités. Encore un peu groggy, je fis quelques ablutions dans une vasque-coquille tout en réfléchissant à ce que je pourrais faire. À vrai dire, après ces quelques jours de travail acharné, j'aspirai à une occupation plus tranquille. Le visage encore dégoulinant, je me calai sur un des bancs installés près du Grand feu. À cette heure-ci, il n'en restait que des cendres, les dernières braises ayant fini par ne redevenir que de vulgaires pièces de charbon. L'espace d'un instant, je considérai l'idée de ne rien faire du tout. Mais, étant tout à fait incapable de rester le cul posé plus d'une demi-heure, je finis par trouver quelque chose. N'était-ce pas la bonne période pour commencer les récoltes ? J'avais envie de fruits, juteux et sucrés, mangés à peine cueillis. Il ne me fallut que quelques minutes pour mettre la main sur un panier tressé assez profond que j'améliorais rapidement : pas question que les fruits ne s'écrasent les uns les autres en s'entassant au fond ! Grâce à quelques chevilles de bois bien coincées dans le tressage complexe de ma hotte et quelques morceaux de bois, je pus m'aménager de quoi faire des étages à intervalles plus ou moins réguliers. Une gourde bien plein et deux cordes en bretelles plus tard, j'étais paré.
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Dernière édition par Théodore Lefaucheux le Sam 9 Juil - 12:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture Mar 30 Déc - 22:20

Je suis un volcan qui se noie de l'intérieur, je m’étouffe avec la vapeur qui ne peux s'échapper
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On me demande d’aller chercher des coquillages translucides près du lagon, alors je vais au lagon, je scrute, je creuse et je ramasse des coquillages translucides. Ma besace de cuir bien remplie, je reprends le sentier qui mène au village.

Je ne sais pas pourquoi on a besoin de ces coquillages, et je n’en ai franchement rien à foutre.

On me réquisitionne de plus en plus pour des services comme celui-là. J’aime bien ça, car leur réalisation me permet de m’évader du village, ou plus précisément de ses habitants. Je ne demande pas de compensation, bien qu’il arrive souvent qu’on me donne de la nourriture et des cadeaux. Par exemple, mon sac me fut offert justement pour m’accommoder dans mes expéditions.

Le Nouveau Monde est un endroit effrayant. Il m’a toujours fait peur, et il me fera sans doute toujours peur. J’ai vu beaucoup de gens mourir depuis mon arrivée ici, des gens pas mal plus habiles que moi qui plus est, mais je suis venue à réaliser que c’était leur volonté de dominer la nature qui avait eu raison d’eux. Si ma maladresse était un problème, ma méfiance et ma prudence étaient les clefs de ma survie. L’observation et l’apprentissage étaient de mise, et j’étais de base une personne particulièrement attentive et posée.

Je revenais tout juste de la forêt, mon sac plein de pierres poussiéreuses et scintillantes qu’on pouvait défaire en copeaux et utiliser tels des bâtonnets de fusain, ou encore réduire en poudre, mélanger celle-ci avec de l’eau et l’utiliser comme encre. Le village était calme, malgré tout j’avais la sensation d’y étouffer. Du regard je cherchais quelque chose à faire qui pourrait m’intéresser… Mais personne ne semblait avoir du boulot pour moi. Et personne en vue ne me donnait envie de rester pour placoter non plus.

J’interrogeai le premier venu quant à l’emplacement de Théodore que je feignais de bouder depuis quelques jours, et qui tout naturellement, ne répondait pas à mon besoin d’attention comme je l’aurais souhaité. C’est qu’il allait éventuellement arriver à me dresser. Et comme de fait, c’était moi qui craquais la première et qui recherchais sa compagnie.

On m’indiqua les collines et je m’y enfonçai sans attendre, prenant avec moi juste un peu de nourriture pour grignoter.

Je vis Théodore de loin, avec sa chevelure sombre qui contrastait avec la verdure, et l’univers tatoué en rouge sur sa joue. Si tôt dans l’été et déjà tant de couleurs automnales. Je m’approche, moins silencieuse que j’aurais pu l’être, mais feignant de ne pas le regarder. J’attends d’être dans son champ de vision avant de balayer la vallée du regard, évitant soigneusement sa personne, puis je me mis à courir au long de la vallée à petit trop, mimant de rejoindre quelque chose. J’avais dans l’intention de le dépasser un peu, d’observer encore, et d’improviser rendu là quant à comment je l’approcherais. Idéalement, c’est lui qui le ferait.

Action découverte → Courez le long de la vallée.

Le mot clef étant que j’avais l’intention de le dépasser, mais bien sûr, l’univers n’est pas toujours d’accord avec mes plans. Tomber la face première dans la tourbe, c’est bien ce que je méritais pour avoir baissé ma garde et tenter un rapprochement social. Le nez en feu, un goût de sang se répandit vite dans ma bouche, et je sentais déjà de minuscules cœurs battre dans mes genoux. Merci l’univers, merci !

Je devinais déjà mes lèvres bouffies, mon nez irrité et mes genoux écorchés, en somme, un look pas très flatteur pour aller flirter avec le seul humain que je supportais, et réciproquement. Dernièrement, je remarquais que ce genre d’accident ne m’arrivait jamais lorsque j’étais livrée à moi-même. Bref, j’aurais sans doute mieux fait d’aller me coucher.

L’enfer, c’est les autres. Quelque chose comme ça.
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MessageSujet: Re: Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture Mar 30 Déc - 23:25

Je suis le son que personne ne fait, je suis l'ombre dans la nuit, et le vent dans tes cheveux
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Vous avez couru au long de la vallée …
… Et avez maladroitement trébuché sur une roche dissimulée par la verdure. Douloureusement, vous vous écrasez contre le sol qui est à la fois dur et humide.


Art by koyamori.
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MessageSujet: Re: Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture Jeu 8 Jan - 8:22

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Il n'était ni tôt ni tard lorsque j'atteignis la vallée. La marche m'avait fait du bien, délassant mes muscles grognons. Le soleil, déjà haut dans le ciel, illuminait la vallée sous mes yeux. Elle portait bien son nom : elle semblait intouchée, comme si aucun humain n'avait posé œil ou main sur son univers. Plus si loin, j'aperçus les premiers arbres, raison de ma venue : les branches lourdes de gros fruits, il ne demandaient qu'à en être soulagés. Le bruit du vent dans leur feuilles m'apparaissait comme un murmure, une supplique : "Prend-les, mange-les, débarrasse-moi en avant que ne craquent mes bois..." Ils n'allaient pas être déçus.
Le bruissement des hautes herbes et une vive couleur de feu attira mon regard en arrière. Lola. Depuis quelques jours s'était installé entre nous une bouderie enfantine, des jeux de regard, une certaine volonté de jouer au chat. Je souris : après avoir réussi à faire fondre sa carapace, la jeune femme s'était petit à petit révélée telle qu'elle aurait toujours dû être. Charmante et charmeuse, toujours têtue, elle était désormais très loin de cette créature à la fois fuyante et cynique qui m'avait accueilli. Et je n'étais plus le seul à en profiter : lentement mais sûrement, peut-être sans qu'elle en ait conscience, Lola s’accommodait des gens, se mêlait à eux, plus souvent qu'auparavant.
Alors que je l'observai en silence, elle balaya la vallée du regard, me snobant ostensiblement. D'un mouvement ample, elle replaça une mèche derrière son oreille avant de se lancer vers les arbres devant nous.
La sensation que nous étions seuls au monde m'attrapa sans que je m'y attende. Le sifflement discret des herbes sur son passage, le baiser chaud de l'astre solaire sur ma nuque, l'éclat lointain des étangs au loin et sa chevelure de feu au milieu, j'eus l'impression d'avoir été frappé au cœur. Et il ne fallut pas plus que cette infime seconde hors de moi-même pour qu'elle disparaisse, tête la première. Je retins le rire qui pointait dans ma gorge et courut à elle.
« Décidément... » soufflai-je en arrivant à ses côtés. Elle semblait prête à exploser ou à pleurer, je ne savais pas trop. Je retirai quelques brindilles de ses cheveux et époussetai son nez plein de terre.

« Tu n'es pas maladroite à ce point, je le sais. Je vais finir par croire que tu le fais exprès, pour m'attirer à toi ! »

Un sourire indulgent s'étirait sur mes lèvres en disant ces mots mais mon cœur, lui, était prêt à éclater. La pensée, fugace, qui m'avait traversé de part en part, avait abandonné derrière elle des échardes un peu partout et je ne savais pas comment les enlever. Je ne sus combien de temps je restai ainsi , le pouce à frotter sa joue mais cela me parut une éternité. Qui se brisa quand elle se décida finalement à retrouver la position debout.
Elle s'épousseta en grommelant qu'elle n'avait pas que ça à faire ou quelque chose d'approchant. A vrai dire, j'étais trop concentré sur le fait de recommencer à respirer. Je secouai la tête pour m'en débarrasser et revenir dans le monde réel.
Lola me tournai le dos, insensible à la lame de fond qui avait manqué de me noyer. Tant mieux. Je n'avais pas envie de nous rendre confus tous les deux. Et si je restai planté là, comme frappé par la foudre, elle finirait vraisemblablement par se poser des questions.

« Prête à prendre un peu de hauteur ? » demandai-je en lui montrant la cime des fruitiers du doigt.
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Dernière édition par Théodore Lefaucheux le Sam 9 Juil - 12:33, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture Sam 10 Jan - 3:21

Je suis un volcan qui se noie de l'intérieur, je m’étouffe avec la vapeur qui ne peux s'échapper
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En quelques années, j’avais perdu toute capacité à être un être humain. Socialiser, vivre. J’avais du mal à dormir, et chaque repas, chaque souffle, me semblaient interminables, isolés, marginalisés. Comme si chacune de ces actions étaient empruntées, que j’étais un imposteur parce que je ne devrais pas être celle qui les consumait. Un doute maladif m’écrasait dès que j’avais l’impression d’avancer, parce que si j’avançais trop, les gens allaient se rendre compte de mon imposture. Celle-ci était floue, incertaine, mais elle était bien là comme une tumeur de faussetés et de présomptions qui me gangrenaient et qui enrayaient ma capacité à être une bonne personne. Je me sentais comme si j'étais en quelques sortes handicapée de l’humanité.

Lui, tout particulièrement, se situait au cœur de mes préoccupations. Lui qui gravitait dangereusement autour de moi. J’avais une peur féroce qu’il me découvre réellement et qu’il m’abandonne. Malgré tout, je n’arrivais pas à m’empêcher de faire semblant et d’être instable pour attirer son attention, bien que mon for intérieur me criait que ça allait être ma perte de lui.

Je suis restée par terre jusqu’à ce que sa présence se déclare en quelques murmures.

-
Je t’emmerde, Théodore.Dis-je après avoir saisi le sens de ses mots. Ses mots qui avaient profondément attisé mes craintes. Bien que ma chute fût accidentelle, la façon dont il l’avait interprétée reflétait selon moi qu’il savait inconsciemment qui j’étais vraiment : une manipulatrice, une menteuse, et je ne pouvais m’imaginer qu’il puisse en avoir pleinement conscience et m’apprécier telle que j’étais ainsi.

Mes sentiments, lorsque j’étais avec lui, étaient aussi inconstants que la typographie des collines qui nous entouraient. Autant étais-je hantée par l’impression d’être une mauvaise personne et par la peur qu’il me quitte pour cette même raison, autant ses caresses contre ma joue me rendaient euphorique et m’engouaient. Pour lui je n’étais plus un volcan en éruption, mais désormais plus qu’une montagne. Une montagne caractérisée par ses hauts et ses bas.

Dos à lui, me voilà donc de nouveau debout à m’épousseter, mais surtout à trop penser.

Il rompt finalement le silence, à quoi je réponds vite : «
J’e’dirais pas non à ce que tu me fasses monter quelque part». Je le regardai lourdement un instant, détournant finalement les yeux vers la tâche pour rougir à son insu, trop vite gênée par ce que j’avais eu l’audace de suggérer dans ma réponse. Grimper dans des buissons pour en ramasser les fruits me semblait dans mes cordes, ou en tout cas, bien plus que d’assumer ce que je pouvais ressentir et avouer.

Je rejoignis vite les végétaux. Ceux-ci n’étaient pas très, très hauts, mais un peu dégarnis dans le bas, et très touffus et larges vers le haut. Ces arbres auraient dû porter des fruits dans les plus basses branches, seulement d’autres villageois avaient visiblement cueilli ceux qui étaient à portée, nous forçant maintenant à monter un peu pour continuer la récolte.

«
Tu m’aides à monter ? J’crois que j’suis trop petite pour me hisser sur les premières branches… ». Dis-je après avoir levé les bras et montrer, qu’effectivement, mes doigts peinaient à toucher leur écorce.


Dernière édition par Lola O'Ceann le Mar 19 Mai - 22:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture Lun 12 Jan - 17:01

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Sa réponse me frappa. Comment décrire la sensation qu'elle produisit sur mon organisme ? Je me sentais comme une voiture lancée à pleine vitesse contre un platane dont l'enracinement avait dû prendre des centaines, qu'est ce que je disais, des milliers d'années.* J'avais presque envie de toucher mon nez, mes joues, mon front pour vérifier que je n'avais rien de cassé. Mais je résistai. Clairement, elle n'avait pas dit ça. Tout ça, c'est dans ta tête, M. Lefaucheux.* Est-ce que j'en avais trop dévoilé et qu'elle se moquait de moi ? Sous son regard, j'hésitai entre éclater d'un rire nerveux ou céder à la vague de panique qui mourrait d'envie de me submerger. Clairement, je m'imaginai des choses depuis que mon coeur avait décidé de faire son intéressant. Je me ressaisis, me giflant mentalement. Un « Tu n'es pas si petite » souriant parut me sauver - temporairement.
Je la suivis en direction des arbres. Leur diversité m'étonna. Comment pouvait-il y avoir autant de fruitiers différents à un seul endroit ? Certains ressemblaient comme deux gouttes d'eau à ceux de l'Ancien monde, d'autres paraissaient tout droit sortis d'un conte de fées. Peut-être avaient-ils été plantés par la main humaine ? Ce qui voudrait dire que nous n'étions pas réellement seuls sur Terra... Je chassai cette pensée à la fois intrigante et effrayante. Il me semblait que des hommes auraient privilégié un agencement plus régulier, moins erratique. Seule la nature était à l’œuvre ici. Au vu de la stature de certains troncs ainsi que leur circonférence, il y avait des dizaines d'années que certains s'épanouissaient ici.
Survolant la vallée, je surpris Lola sur la pointe des pieds, tentant d'attraper les premières branches de ce qui ressemblait à un pommier. Sentant mon regard amusé, elle m'interpella et j'acquiesçai à sa demande. Afin d'avoir plus de liberté de mouvement, je posai mon matériel. Jaugeant l'arbre, je m'installai dos au tronc et fléchi les genoux pour me donner une meilleure assise. Ainsi calé, je croisai les mains et les plaçai, paumes vers le ciel, au niveau de ma ceinture.

« Tu vas mettre un pied au centre et te tenir à mes épaules. Je vais te hisser jusqu'à la branche où tu pourrais t'installer. Prête ? »

Elle assentit et suivit mes instructions. Ses cheveux fous me chatouillèrent le nez lorsqu'elle baissa la tête pour vérifier l'emplacement de son pied et je ne pus me retenir de prendre une grande inspiration de leur odeur. Ils sentaient l'été. Elle semblait crispée lorsqu'elle la releva mais décidée. Je bandai alors mes muscles et la hissai, la suivant du regard jusqu'à ce qu'elle prenne appui sur l'écorce rugueuse. Je remarquai alors que toutes les branches basses étaient dépourvues de fruits. Nous n'avions pas encore commencé les récoltes et les séchoirs au village étaient vides, ça ne pouvait donc pas être de notre fait. Je m'éloignai un peu de l'épicentre pour attraper le bout d'une branche : il y manquait des feuilles. Des herbivores. Ça devait être un lieu de passages fréquent. Après tout, avec les étangs à proximité et l'herbe grasse que nous foulions aux pieds, ils devaient se régaler ! Je notai mentalement cette information pour la relayer aux chasseurs à notre retour s'ils n'avaient pas déjà repérés l'endroit, mais aussi pour moi-même.
Je m'étais beaucoup amélioré depuis mes premiers cours grâce à la patience de Pavel. J'avais attrapé mes premières proies avec une joie enfantine et, si je ne les avais pas dépecées et vidées moi-même, j'en avais assuré la préparation culinaire de A à Z. D'imaginer le passage de tant de grands mammifères me donnait envie d'augmenter mon jeu, j'espérai notamment parvenir à tuer un cerf à queue de cheval. Un sifflement attira mon attention et je jetai un coup d’œil en direction du ciel, uniformément et immensément bleu.

Action [D]écouverte : Regardez le ciel.

Un seul nuage trônait dans son royaume. Et il avait une forme étrangement familière. Je n'arrivais pas à faire resurgir dans ma mémoire où j'avais bien pu voir une chose semblable. Mais en revenant sur la terre ferme, mes yeux y restèrent scotchés. Là-bas, accolé contre les collines, se tenait sa représentation terrestre. Et cela me sauta au visage. Sa forme... Je crois bien que je rougis jusqu'aux oreilles, espérant que ma cicatrice en absorberait l'essentiel.
.



__________________________
*Atlantide, l'empire perdu, ou Atlantis: l'Empire perdu, Disney
*Chicken Run ou Poulets en fuite


Dernière édition par Théodore Lefaucheux le Sam 9 Juil - 12:33, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture Lun 12 Jan - 19:14

Je suis le son que personne ne fait, je suis l'ombre dans la nuit, et le vent dans tes cheveux
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Vous avez regardé vers le ciel:

Dans celui-ci, une seule forme se détache : un grand nuage longiligne qui reflète de façon déconcertante le roché phallique qui trône le fond de la vallée.



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MessageSujet: Re: Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture Sam 24 Jan - 4:50

Je suis un volcan qui se noie de l'intérieur, je m’étouffe avec la vapeur qui ne peux s'échapper
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Je le regardais avec une hâte décrite seulement par mes yeux brillants, et pendant quelques secondes, je crus à la façon dont les siens les reflétaient qu'il avait saisi, et qu'il réciproquait, mais finalement ce ne fut pas le cas. Sans trop savoir quoi, j'attendais autre chose comme réaction. Quelque chose de plus intime, de plus complice, de moins confus. La timidité n’était plus suffisante, je savais déjà que je lui plaisais et bien que je ne comprenais pas encore comment, j’espérais plus que ça.

J'escaladai ainsi sa main ouverte en tirant des lèvres, où je pris appui sur ses épaules solides avant de rejoindre la branche bressant. Une dizaine de fruits étaient à ma portée et ne demandaient qu'à être cueillis. J'en décrochai deux puis les mis de côté dans l'ourlet de ma jupe souple repliée entre mes jambes.

Je lançai un regard à Théodore qui n’avait pas encore bougé, alors que je cueillais une troisième pomme pâle, et son expression, enfin, me semblait répondre à ce que j'espérais d’abord. Rouge, mais pas seulement timide : il était victime d’un émoi non dissimulé. Tout en serrant la pomme dans ma main, je haussai des sourcils pour l'interroger des yeux, mais ne reçut pas de réponse. Je doutais que cet émoi fût causé parce qu’il avait saisi à retardement mon sous-entendu. Il était plus intelligent que ça… Enfin, je l’espérais.

Silence. Je réfléchissais en le mesurant du regard, cherchais un indice quant à la cause de mon bouleversement, mais rien n’en transpirait autrement qu’une aggravation de son état.

-
Théodore... De nouveau, le silence régnait dans nos gorges et seuls nos yeux se parlaient. Oui, depuis peu, il y avait en effet de plus en plus de discours tenus en silence entre nous. '' Viens-tu de regarder sous ma jupe, quand j’suis montée ? '' Demandais-je enfin, authentiquement curieuse, et sans doute pas suffisamment offusquée.

C’est la seule chose que je pouvais imaginer, autrement, ça devait se dérouler dans son imaginaire.


Dernière édition par Lola O'Ceann le Mar 19 Mai - 22:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture Sam 24 Jan - 13:33

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Ce fut bien la seule fois de mon existence où je regrettai de n'avoir pas toute la tête à vif. Car il était clair que ma gêne, étalée du menton aux oreilles, n'était que trop visible et Lola en avait parfaitement saisi jusqu'à la moindre nuance. Trop tard donc pour retrouver contenance et ma seule satisfaction fut que le nuage coupable avait profité de ces quelques secondes pour se déliter, ne lui permettant pas de remonter le fil de mes pensées. Refusant de passer pour un imbécile plus longtemps, je revins au tronc, m'accrochant à la prunelle de ses yeux pour ne pas perdre pied dans ma honte.

« Viens-tu de regarder sous ma jupe, quand j’suis montée ? »

Je manquais de me demander si le ciel m'en voulait avant de me rappeler que, quelque part, j'avais déjà eu une réponse à cette question. Ou peut-être était-ce un signe ? Ne lisait-on pas les augures dans le vol des colombes ou la forme des nuages ? Explicite, il n'y avait guère moyen de se méprendre sur son message. Pour autant qu'on croit en ce genre de balivernes. Je pris le temps de récupérer la hotte en osier, à la fois pour que le sang quitte mon visage mais aussi de décider de la suite des évènements. Elle ne semblait guère scandalisée par cette possibilité, ce qui m'amena à reconsidérer mes émois. Que me coûterait-il de tourner autour du pot, de jouer au chat et à la souris, le temps de savoir, de mettre un mot, un nom, sur ce qui nous agitait ? Tout en pendant la hotte qui m'encombrerait les mains à l'escalade, je relevai la tête, armé d'un sourire insolent :

« Je n'en ai pas eu la présence d'esprit mais tu sembles toute prête à m'aider à réparer cette erreur ! »

En effet, accroupie en équilibre sur la branche où elle avait élu domicile, jupe repliée en besace de fortune, elle m'offrait tout un panorama de peau claire et nue, dévoilée. J'esquivai en riant la pomme qu'elle me jeta dessus et entrepris de la rejoindre avant qu'elle ne s'empare de nouvelles munitions. Plus grand qu'elle, je n'eus pas plus de difficultés à me pendre aux premières branches qu'à me hisser dessus. Du coin de l’œil, je captais, un peu de tard, son nouveau lancer qui me percuta en plein torse, me coupant le souffle quelques secondes. Je ne fis pas à la même erreur en rattrapant ce qui semblait être sa dernière balle. Fort de ma taille, je m'appuyai négligemment à la branche supérieure, bras croisés sans perdre une miette de la situation. La surplombant légèrement et l'obligeant de fait à lever la tête, j'avais, en contrebas cette fois-ci, droit à une vue imprenable sur son corsage aux lacets lâches. Je croquais allègrement dans la pomme en la dévisageant : d'un dégradé du jaune au rouge, le fruit était délicieusement sucré et juteux, empli de cette saveur que seuls ont ceux qui ont pleinement profité du soleil. Je lui tendis, audacieux :

« Vas-tu mordre dans le fruit défendu ? »
.



Dernière édition par Théodore Lefaucheux le Sam 9 Juil - 12:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture Mar 19 Mai - 22:40

Je suis un volcan qui se noie de l'intérieur, je m’étouffe avec la vapeur qui ne peux s'échapper
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Il rougit de gêne, pâlit de caractère. Pour toute réponse, je cueillis de nouveaux fruits avec nonchalance, daignant tout juste l’observer du coin de l’œil. Je remontai toutefois ma jupe sur le dessus de mes cuisses autant que je pus pour lui hurler en silence que je voulais qu’il me regarde. Je savais qu’il me trouvait belle, mais je voulais qu’il me désire. L’impulsion de me dévoiler était irrésistible, m’amusait, faisait battre mon cœur dans ma poitrine et dans mes tempes. J’avais à la fois l’impression que c’était parfait, mais que j’allais plus tard y repenser en rougissant de honte.

Je jetai finalement un œil sur Théodore qui récupérait son gros panier. Son bon profil exposé dévoilait une complexion presque aussi rosée que pouvait l’être l’autre, éternellement colorée. Un long soupir s’échappa de mes lèvres … Je n’arrivais visiblement qu’à l’intimider. Soudain, j’étais en train de replier mon cocon psychologique. Je cueillais encore des fruits, mais de façon machinale, et si ma jupe était encore grande ouverte, toutes mes pensées étaient dirigées sur mes genoux, mais par parce qu’ils étaient nus : quelque part, un groupe de neurones semblaient élaborer une corrélation entre la forme allongée de mes cuisses et mon ignominie.

J’avais trop conscience de la présence de Théodore qui me rejoignait et pas suffisamment de ma propre mesure. Quand je daignai enfin chercher ses yeux, je trouvai avec surprise un regard souriant et insolent, et entendis, avec un plus grand choc encore, des allusions clairement charnelles.

J’aurais dû être contente, bien sûr. Seulement avant le timide plaisir venait la frustration : contre lui de ne pas avoir réagi plus tôt, contre moi-même de ne pas avoir attendu plus longtemps. Ma colère se nourrissait dans son insolence, insolence qu’elle se devait de réduire à coup de fruits. Notre labeur fut dilapidé de moitié pour seulement quelques éclats de rire.

Vengée, j’entrepris de bercer mon gaspillage en me balançant pour cueillir des fruits pendus plus loin ou plus haut. Le panier qu’il avait posé à la base de l’arbre était suffisamment près pour que je puisse y échapper mes fruits sans avoir peur de les taler. Théodore, pour sa part, rejoignait une branche encore plus élevée que moi dans l’arbre.

-
Vas-tu mordre dans le fruit défendu ? Me dit-il odieusement en me tendant un fruit croqué.

Je pris doucement le fruit au creux de ma main et détournai le regard avec une timidité exagérée. J’entrepris ensuite de me lever en me hissant contre le tronc. Je dodelinai un peu, mais jamais très loin de ses mains inquiètes qui m’encadraient dans mon ascension. Une fois debout et stable, mon visage près du sien, je croquai dans le fruit avec langueur et plaisir avant de lui accorder un sourire en coin.


- On 'sera pas très productif.

Dis-je en jetant dans le panier la pomme inachevée, après quoi je l’embrassai pudiquement sur les lèvres avec une confiance empruntée à mon imaginaire. Ce fut un baisé et peu de travers parce que mon équilibre était fragile, et je le regardai ensuite avec une appréhension débilitante, rougissant de son silence qui paraissait beaucoup plus long qu’il ne l’était surement.
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MessageSujet: Re: Le bonheur n’est pas une plante sauvage qui vient spontanément : c’est un fruit délicieux qu’on ne rend tel qu’à force de culture


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