Amphimal

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MessageSujet: Amphimal Dim 10 Mai - 16:21

Je suis un volcan qui se noie de l'intérieur, je m’étouffe avec la vapeur qui ne peux s'échapper
Féminin

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L’eau bruyante d’un ruisseau tremblait sous mon œil attentif. J’attendais avec impatience qu’une reine grenouille se pose tout près pour pouvoir la harper et la ramener au village. Elle possédait des propriétés médicinales, ou quelque chose dans ce genre-là. Ce n’était pas la première fois que j’en attrapais pour le profit de scientifiques ou de vétérinaires qui en étudiaient les propriétés, ainsi lorsque je manquai d’en voir une seule après plusieurs heures, je sus que je n’allais pas en voir du tout. Tant pis. Je réessayerais dans quelques jours.

Plus tard toutefois, en longeant le marais, le croisement caractéristique de la petite reine percuta mon attention. Au large d’une vallée inondée, sur un nénufar trônait ma grenouille. Elle était loin sur l’eau, et l’eau était profonde, mais j’avais un bon filet et j’étais bonne nageuse.

L’eau glacée me fit frissonner, je fis frissonner l’eau. Les vaguelettes dérangèrent la reinette colorée qui sauta instantanément dans le lac. Quant à moi je jurai, je fis valser dans l’eau mes bras impétueux, seulement pour aussi vite me plier en deux, alors que j’éprouvai une crampe abominable. J’avais de l’eau dans la bouche, et peina à retrouve un fond stable, mais sorti finalement en tenant fermement mon énorme ventre. Un coup de pied, une crampe, quelque chose entre les deux, sans doute. Je m’en convaincs.

Au diable la grenouille, mon matériel retrouva vite sa place là où je l’avais trouvé : dans la cabine abandonnée du marais. Je partis vers les bois opposés à la colline sans même m’arrêter au village de peur de me faire arrêter par Gavin ou Théodore.

Dans les bois je cherchai des plantes, des racines, des pierres. J’avais une liste mentale de tout ce que les gens avaient demandé, où que je susse qu’ils allaient demander bientôt, par habitude. Une pierre brillante et poudreuse dans la poche avant de mon sac, une racine arrachée au sol dans la grande poche arrière. J’étais penchée, en train d’essayer d’en arracher une autre lorsqu’une nouvelle crampe me pris. Un peu plus tard, j’en eus une autre en essayant de me hisser à un arbre pour cueillir ces fleurs en bourgeons. J’avais déjà eu de petites contractions passagères pendant les dernières semaines, mais si celle-ci commençait à être un peu trop fréquente aujourd’hui. J’avais l’idée idiote qu’elles pourraient attendre que je sois revenue au village avant d'avoir besoin de m’en inquiéter.

Je perdis mes eaux quelque part, pas trop loin de la crevasse draconienne, pas trop loin de la falaise des pêcheurs. Je n’ai jamais autant juré de ma courte vie. J’ai marché du mieux que j’ai pu pendant que les contractions étaient supportables, en respirant comme une asthmatique à l’occasion, mais elles devenaient de plus en plus fréquentes, et le village n’approchaient pas assez vite.

Contrairement à ce que j’ai pu penser pendant les derniers mois, la réalisation sauvage que je ne voulais pas faire ça toute seule me frappait avec chaque spasme. Je voulais désespérément parvenir au village et rejoindre Gavin et Théodore, Lena et Ashton, Émilie-Anne et Léane. En apercevant le coin abimé de l’abri d’Isaac, je sus toutefois que je n’y arriverais pas. Je pensais être plus près que ça. Je tremblai et sautillai de désespoir dans l’attente vaine qu’une solution s’impose telle une illumination divine, simplement pour être victime d’une nouvelle poussée de douleur et de me résigner à entrer dans l’abri abandonné.

Il y avait des couvertures, un chaudron vide sur un âtre encore plus vide, un peu de nourriture savamment emballés sur la table de fortune, ainsi que de la vaisselle rustique. Je savais que l’abri de mon ami disparu était utilisé par des chasseurs, et je n’ai jamais autant souhaité en croiser un. Il me semblait aussi qu’Isaac aurait bien choisi son moment pour revenir de son long exil.

Mais il ne vint personne.

Gavin m’avait beaucoup parlé, parfois contre mon gré, de comment allait se dérouler l’accouchement. Il m’avait dit qu’il était plus facile d’accoucher debout ou penché que couché, contrairement à la croyance populaire. De toute façon la couche de fortune n’était pas invitante. Le banc sur lequel je pris appui fut pour sa part comme une délivrance miraculeuse.

Un morceau de cuir entre mes dents m’invitait à mordre et à oublier la chair qui semblait s’étirer jusqu’à la limite de se déchirer.

L’envie pressante d’abandonner n’était surpassée que par un réflexe purement biologique. Pousser faisait mal, mais le mal alimentait mes forces, et j’oubliais le mal en poussant plus fort encore. Ou, en tout cas, j’essayais de convaincre mon corps que c’était le cas.

Des grognements étouffés montaient dans ma gorge avec chaque poussée.

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