Je suis tombé de mon nid

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MessageSujet: Je suis tombé de mon nid Mer 20 Mai - 12:48

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Adam Palmer - R.I.P.

Il était dans ces abîmes sans cesse dérangées par les éléments de l'extérieur, dans une torpeur qui n'était ni du domaine du rêve, ni du domaine de l'évanouissement. Des éclats de conscience parvenaient à Adam comme des points diffus de lumière qui s'agitent sur le lit ridé d'un lac. Lui se trouvait juste sous la surface, la tête immergée dans l'eau mais une main à l'air libre, cherchant à se raccrocher à quelque chose de tangible. Un bruit chuintait désagréablement dans ses oreilles, faible et constant, rien qui ne puisse réellement le surprendre et le tirer de son état comateux. Le bruit du vent dans les herbes hautes. Ses paupières frémirent, agressées par une lueur pourtant faible d'un jour qui se lève.

Le corps du grand corbeau s'agita, s'extirpant de sa léthargie nocturne. Des odeurs étrangères vinrent l'assaillir, des parfums de nature vierge qui contrastaient violemment avec ceux du laboratoire du Docteur Oliver. On avait substitué aux senteurs d'acier froid et d'équipements stérilisés des flagrances plus douces, celles de la terre fraîche, de la pierre, de la rosée humide, d'une végétation tendre qui fait son chemin après un long hiver. Adam était éveillé mais ses yeux restèrent clos un long instant et ses muscles gourds demeurèrent immobiles. L'incompréhension qui accompagne celui qui retrouve sa lucidité dans un endroit inconnu fit lentement place à une angoisse injustifiée. L'homme est primitif, ses instincts ne lui mentent pas.

Les billes bleus de Palmer s'ouvrirent sur un monde dans lequel il n'aurait pas du se trouver. Étrangement alerte pour quelqu'un dont l'hébétude avait été si forte quelques minutes plus tôt, il se redressa sur un coude, le dos appuyé contre une pierre, la tête noyé dans un océan d'herbes hautes. La végétation s'était aplatit dans un rayon d'environ deux mètres autour de sa personne, comme si une lourde fondation y avait été posée auparavant.

- Que demonios... éructa le mexicain en lançant un regard circulaire autour de lui

Les rayons du soleil étaient timides, le ciel commençait à peine à rosir sur l'horizon. Le champ était plongé dans une demie-obscurité matinale et l'éclairage donnait à l'air une curieuse couleur argentée. La beauté singulière de ce panorama n'était pas négligeable mais Palmer n'était pas en état de l'apprécier. Un mélange de peur et de colère l'étouffa bientôt alors que tous les événements de la veille lui revenaient en bloc. On lui avait fait passer une batterie de tests médicaux et voilà qu'il se réveillait en pleine nature. Avait-on essayé de se débarrasser de lui ? Il fit une rapide inspection de son corps, craignant d'avoir peut-être été laissé pour mort, mais force lui était de constater qu'il se trouvait devant un mystère complet. L'image d'Oliver lui balançant son sac et refermant la porte de sa drôle de machine lui revint. « Bon voyage. », c'est ce qu'il lui avait dit. Son sac !

Le corbeau sauta sur ses pieds, la tête baissée à la recherche de ce seul artefact officieux qui le rattachait à une quelconque logique. Il fit plusieurs tours sur lui-même, agité, puis s'enfonça dans les herbes hautes pour fouiller les alentours. Il buta à plusieurs reprises sur des amas de roches traîtres, dissimulés dans ce trop plein de vert, accompagnant chaque fois sa maladresse d'un chapelet de jurons créatifs. Ses pieds frappèrent enfin une surface plus molle et il se pencha pour ramasser ses effets personnels. Il ouvrit le sac avec empressement, triant le contenu. Apparemment, Oliver avait retiré tout ce qu'il avait jugé non nécessaire à sa sa survie. Adam se jeta sur la bouteille d'eau dont-il vida la moitié dans son gosier et l'autre moitié sur son visage. Il n'avait pas un grand soucis de l'économie. Balançant le plastique vide derrière lui, il farfouilla encore un peu avant qu'un bruit ne lui fasse vivement relever la tête.

Sa main s'était immobilisé sur son canif. Devant lui, une forêt s'étendait. Il n'y avait aucun signe d'habitation, d'exploitation du territoire, pas de pilonnes électriques, rien. Le son venait de derrière, aussi le grand corbeau, légèrement voûté sur son sac, tourna lentement son visage vers la nouvelle venue, la gueule mauvaise comme celle d'un rapace qu'on vient de déranger durant son repas. Une lueur pernicieuse brilla dans son oeil gauche. Adam était peut-être téméraire mais cela ne l'empêchait pas d'avoir un excellent esprit de conservation. Le corps tendu comme un arc, les muscles bandés sous la surprise, il dévisagea silencieusement la jeune femme qui sortait d'on ne sait où, préférant attendre de savoir à qui il avait à faire avant d'émettre le moindre son. Ses doigts ne firent qu'agripper doucement le manche de son couteau, toujours dissimulé dans son sac, l'action guidée par la simple intention de se défendre... ou d'attaquer.
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MessageSujet: Re: Je suis tombé de mon nid Sam 23 Mai - 3:05

Je suis un volcan qui se noie de l'intérieur, je m’étouffe avec la vapeur qui ne peux s'échapper
Féminin

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Le sol râpeux rencontrait durement mes pieds pauvrement chaussés, tout comme le monde âpre avait frappé fort mon existence rose, m’avait lentement décolorée, effritée, brisée. Mais j’aurais tort de vouloir rejoindre un passé enfui, parce que j’étais maintenant plus forte que je ne l’aurais jamais été. J’ai été seule, j’ai été triste, j’ai été souillée avant de pouvoir vivre. Le cœur léger, le corps léger. Courent les mois, ma solidité restait immuable.

J’avais couru les bois toute la nuit durant. Je me sentais bien, la solitude m’allait à merveille - j’irais moins bien à mesure où j’approcherais le village. Deux jours passés dans les montagnes boisées avaient épuisé mes rations, mais rempli à exploser celles de ma fille. J’avais mal à la poitrine, mal au ventre, mais je me sentais encore bien. Pour le moment.

Je n’étais pas particulièrement pressée et je prenais mon temps tout en courant. Courir était désormais si simple, tout comme bondir ou sauter. Ou tenir en équilibre sur des roches étroites afin de traverser un torrent tortueux. Enjamber, bondir, valser. Les branches et les feuilles jouaient dans mes cheveux étirés dans la brise. L’air était bon. En forêt, le monde semblait meilleur.

Brusquement, le cri mythique d’un oiseau énorme fusa du ciel. Mon cœur papillonnant dans ma poitrine, mes pieds s’envolèrent dans une course redoublée pour rejoindre le couvert des arbres denses. Une horde de preux des carrières passa brusquement à quelques mètres de mon refuge feuillu quand soudainement, l’oiseau chimérique, doré, bleu, translucide, perça le voile de la forêt et saisit de ses serres cruelles l’un des cerfs à cornes de bouc. Le volatile poussa un rugissement victorieux en fendant bruyamment le ciel avec son repas entre les pattes, et disparu vite dans la noirceur. Mon cœur battait à la chamade alors que je restais immobile, puis je me mis à rire avant de recommencer à courir. Les preux effrayés ne partageaient pas mon sens de l’humour et s’agitaient entre les arbres. J’en rencontrai finalement un de front au détour d’une formation rocheuse. D’abord immobile et surpris, le cervidé agita ses défenses pour me faire reculer ; d’abord convaincu qu’il allait fuir, je reculai précautionneusement sans le quitter des yeux, puis couru comme une folle lorsqu’il me chargea avec hargne. Les arbres et les roches que je contournais ou sautais ralentissaient heureusement sa course.

Courir devenait soudainement beaucoup moins agréable maintenant que je le faisais pour survivre.

Je débouchai finalement sur le champ de pierres. Je ne l’avais pas vu se dessiner au loin, dans la nuit et j’aurais préféré rester dans les bois, avec ses branches et ses roches, mais ce n’était pas comme si je pouvais me permettre de faire demi-tour maintenant. Mon nouveau but était de rejoindre les grandes pierres lisses qui trônaient l’étendue verdoyante. Le preux enragé ne s’arrêta point. J’étais déjà à bout de souffle lorsqu’une crampe au ventre me plia en deux et je roulai par terre, tête première. La végétation amortit ma chute. Le cervidé approchait bruyamment. Je me repliai en boule en espérant être suffisamment cachée par la verdure pour qu’il passe son chemin, mais c’est finalement un coup de chance encore plus grand qui me sauva : un bruit d’explosion parcourut le champ et de la lumière irradia jusqu’aux brins d’herbe sous mes doigts. Le preux s’enfuit en glapissait, effrayé par le bruit et par la lumière.

Je me relevai d’un bond, puis me replia un peu sous le poids d’un spasme violent au niveau de mon bas ventre.

Un nouvel arrivant ne devait pas être loin et Lena me dévisserait la tête si je rejoignais le village sans l’avoir ramené avec moi, alors même que j’étais sur place. Le nouveau avait une sale gueule lorsque je l’aperçus enfin, penché sur ce qui devait être sa dot. Il me dévisageait avec autant d’agressivité que moi lui de dédain. Chouette, un animal sauvage de plus pour combler ma nuit. Pensais-je en relevant mes mains pour lui démontrer que je n’étais pas armée.

Les cris familiers d’un oiseau malvenu propagèrent une onde de terreur sur tout le champ. Plus un rongeur n’osait couiner. Mon expression changea de l’embêtement à la peur. Sans me soucier de sa hargne évidente, je bondis sur lui et nous fit tous deux disparaitre dans les herbes hautes.

En anglais, je chouchoutai sévèrement : «
Bouge pas ou on crève tous les deux. » au creux de son oreille.



Dernière édition par Lola O'Ceann le Ven 7 Aoû - 3:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Je suis tombé de mon nid Ven 29 Mai - 18:32

Je suis le son que personne ne fait, je suis l'ombre dans la nuit, et le vent dans tes cheveux
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Pendant des années, elle aura régné en maitre dans les cieux. Elle aura harpé tout ce qu’elle aura désiré, festoyé et baigné dans le sang et dans les entrailles des vies qu’elle arrachait. Elle aurait pu voler par la légèreté même de son existence.

Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui elle chassait pour nourrir l’hideuse tête rose, l’hideux bec violacé qui allait bientôt se percer un chemin dans la dure coquille qui incubait maintenant depuis des années. Elle devait trouver quelque chose d’assez gros et d’assez mou pour nourrir son rejeton à venir... Quelque chose qu’elle devrait briser et déchiqueter de son bec, écraser dans sa gorge avant de le vomir dans celle avide d’un petit qui répètera ces étapes comme pour l’imiter. Sans grand succès, bien sûr, mais tous les grands oiseaux savent que ce n'est pas du premier coup d'aile que l'on conquiert l'envol.

Elle avait arraché du sol quelques’uns de ces singes roses et étranges qui avaient mystérieusement commencé à parcourir son ile dans les dernières années. Ils avaient moins de poils que les autres bêtes et leur chaire était grasse, un peu nerveuse, mais bonne.

Ses ailes étaient une rumeur dans les airs, ses cris des promesses.

Elle fendit le champ et prit entre ses serres griffues l’avenir de son nid et partit vers celui-ci sans un moindre agacement.


Art by koyamori.
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