On the route encore !

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MessageSujet: On the route encore ! Sam 23 Mai - 11:58

The Pirate King
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Le temps s’écoulait rapidement sur Terra, comme si quelqu’un, un dieu ou un savant un peu fou appuyait sur un bouton pour tout accélérer. Les jours coulaient, filaient entre les mailles du filet du temps, pour disparaître inexorablement dans le torrent de l’oubli. Dans les faits, ils se ressemblaient un peu, chaque habitant répétant sans fin les mêmes gestes, les mêmes activités, les mêmes habitudes. Et pourtant, chaque instant avait un parfum de surprise et d’inconnu que je commençais réellement à apprécier. Des jours de pluie pouvaient ruiner votre projet de pêche, chasse, bricolage, glandouille ou autre ! Une trop forte chaleur, ou un froid glacial, pouvaient vous clouer sur place, empêchant toutes sorties importantes et vous laissant moisir au fond de votre abri sans autre compagnie qu'un chien fou coréen ou poulette... Ou bien encore, un animal pouvait mettre à mal ce que vous aviez mis des mois à fabriquer, voire même menacer votre intégrité physique. Bref, au cœur de nulle part, tout semblait possible, car tout était identique avec un arrière-goût d’inattendu.

Ce jour-là, j’avais envie de jouer avec la ligne du destin. Mon petit français me gardait rancune pour l’avoir remplacé par l’odieux Ashton le lendemain de la naissance de notre bateau. Mais quoi?! On était mariés ? Non, alors qu’il ne vienne pas m’emmerder avec ça ! Je ne lui devais rien au fond. Cependant, je ne pouvais nier que je comprenais sa colère, car j’aurais ressentie la même si les choses avaient été inversées. Mais je ne pouvais me débarrasser du plaisir coupable d’avoir vécu le premier une aventure grâce à notre navire. Me faire culpabiliser était une tâche ardue, pour ne pas dire quasiment impossible. Qu’on se le dise !

Depuis que Pavel passait des jours heureux à roucouler avec sa rousse, seul Théodore me semblait être un camarade acceptable et son éloignement me coûtait. Certes, la compagnie de Jun ou de John n’était pas désagréable, mais la gentillesse et la naïveté qui caractérisaient le français me manquaient. Jun était par trop tordu sous bien des aspects, et je m’en méfiais un peu, bien qu’il continuât à vivre sous mon toit. Quant à John… nos relations seul à seul n’étaient pas des plus simples, ni des plus saines. C’était idiot, mais depuis notre “histoire”, j’avais du mal à me sentir à l’aise en sa seule compagnie. Avec Théo, tout était simple et c’était pour ça, je crois, que je l’aimais bien.

Je me suis pointé, à l'aube, devant l'abri de Lola dans lequel Théo vivait depuis quelques temps. J'avais avec moi un sac de provisions et du matériel de survie de base. J'en avais probablement même suffisamment pour nous deux, mais si le français pouvait emmener avec lui quelques affaires, je n'allais pas cracher dessus. Et puis, j'avais aussi envie qu'il prenne du papier et de quoi écrire. Il m'avait l'air doué pour tout ce qui était lecture et écriture, alors que moi je savais à peine lire - et encore, seulement le cyrillique ! Si c'était moi qui prenais des notes, personne sur Terra ne pourrait jamais les réutiliser, pas même Pavel, tant la qualité graphique était à discuter…

Je cognais sans tact contre la porte avant de pénétrer dans l'abri sans y avoir été invité. Qu'ils me trouvent rustre, je n'en avais que faire, j'avais envie d'embarquer Théo et je comptais bien l'empêcher de trouver une quelconque manière de se désister. Il viendrait avec moi, point final. Et puis, une autre raison, plus fourbe, m'avait poussé à entrer ainsi à l'improviste : la relation entre Théo et Lola. Personne n'avait pu rater leur rapprochement. J'étais curieux de savoir ce qu'il se passait réellement entre ces deux-là. Et comme le français ne me parlait plus, mon imagination n'avait pu être suffisamment rassasiée et des tonnes de théories, des plus simples aux plus saugrenues, s'étaient accumulées dans mon esprit. Il fallait que je sache.

Cependant, dès le premier pas je me suis heurté à quelque chose de lourd au sol, posé au seuil de la porte. L'obscurité du jour naissant m'avait occulté cet objet-là, et surpris par sa présence, je me suis étalé sans grâce et dans un fracas terrible, entraînant dans ma chute mon sac qui déversa sur le sol une partie des choses que j'y avais fourrés. Je ne pus réprimer plusieurs jurons, tandis que sous moi l'objet se mit à bouger et grogner. Un bref instant, j'eus un recul apeuré face à cette créature poilue qui gigotait, mais compris cependant rapidement qu'il s'agissait de Théo, enroulé dans une fourrure épaisse. Que diable pouvait-il bien foutre sur le sol ? J'essayais d'envoyer en l'air les questions et, toujours à terre,, je lui dis d'un aplomb insolent :

« Hey bro', take your stuff, wi goin' to explore unknonw landscapes with' our babe ».

Je me relevai et lui tendis une main pour qu'il fasse de même.


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MessageSujet: Re: On the route encore ! Ven 5 Juin - 11:40

Eye Of The Tiger
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Je dormais mal. D'aucun pourrait me rétorquer que je n'avais qu'à pas dormir par terre aussi. Cela devait participer à mon inconfort pour sûr, mais à mesure que les nuits passaient, mon corps s'était habitué à ce contact rude, avec d'autant plus de facilité qu'il avait été complètement reposé avant d'attaquer cet étrange régime. Non, mon sommeil malmené prenait source dans des tergiversations bien plus sombres qu'un simple mal de dos.
Il y avait deux raisons pour lesquelles je dormais à même le sol. D'abord, parce que la hutte de Lola chez qui j'avais désormais élu domicile était petite et pas spécialement conçue pour deux. Ensuite parce que j'endossais le rôle de chien de garde. J'avais affûté mes crocs, mes griffes, mes sens et chaque nuit, allongé au seuil même de notre abri, je veillai d'une oreille à la sécurité et au sommeil de Lola. Au fond, je ne pensais pas que Jun retenterait quoi que ce soit, ce bâtard avait pris de force ce qu'il voulait et son intérêt s'était maintenant déplacé vers autre chose. De repenser à ce chien, mes poings se serrèrent et je sentis mes ongles s'enfoncer dans ma chair. Jusqu'à présent, Terra s'était révélée à la hauteur de ses promesses : vierge, indomptée, harmonieuse. Mais voilà qu'en moins d'un an d'existence sur ces terres, je venais d'y croiser la première tâche de malfaisance humaine. Ah, il est bien beau ton tri, Oliver, veille bien à ne pas laisser passer d'infirmes mais, des psychopathes, ça, ça mettra de l'animation ! Pour tout dire, je me demandais encore comment j'avais pu résister à l'envie de passer mes mains autour de son cou gracile d'asiatique et de serrer, serrer jusqu'à ce que sa peau d'albâtre tourne au cramoisi et que ses yeux, d'arrogants soient passés par toutes les teintes de terreur jusqu'à rejoindre le vide.

Dans mon dos, la respiration lente de ma compagne me berçait. La barrière que j'offrais, même infime, la calmait suffisamment pour qu'elle daigne se laisser aller à dormir. Et depuis mon retour, c'était la première nuit pleine qu'elle faisait. Aucun cauchemar ne l'avait réveillée en sueur, aucun cri n'avait déchiré la nuit, aucun sanglot n'avait secoué sa couche. Lola était forte. Aussi forte que le feu qui l'habitait. Cela me tira un maigre sourire. De toutes les personnes que j'avais rencontré, elle était, avec Léna, la seule qui survivrait à coup sûr. C'était écrit en elles. Un bruit à l'extérieur attira mon attention. L'aube ne tarderait plus à poindre et les premiers lève-tôt devaient être sur le départ. Mais comme il se précisait que les pas, car c'était bien le bruit d'une démarche que j'entendais, se rapprochaient indéniablement de moi, je bandai mes muscles. Ah, il n'en avait pas suffisamment pris, il en voulait encore... Et bien, il allait voir. Et que Dieu, s'il y croyait, le garde de mourir sous mes poings. Je calmai ma respiration, me calquant sur celle de Lola et, tout en maudissant le ciel qui ne lui accordait aucun répit, j'attendis.


Il ouvrit la porte avec fracas après avoir toqué (pourquoi ?). Et, comme prévu, trébucha sur mon corps tendu pour s'étaler de tout son long au sol. Je m'extirpai des fourrures en grondant, prêt à en découdre, prêt à tuer, prêt à sauter à bras le corps sur... Alek ? Dans mon dos, je sentis Lola se terrer sur elle-même, un feulement au bord des lèvres. Prestement, je repoussai du pied la porte afin qu'entre plus de lumière. Blond comme les blés, son grand corps se rassemblait tant bien que mal après sa chute et, reprenant contenance, il me lançait :

« Hey bro', take your stuff, wi goin' to explore unknonw landscapes with' our babe. »

Je restais un instant abasourdi. Le sang battait dans mes tempes et j'avais du mal à coordonner mes pensées. Ainsi, je le regardais se relever et me tendre une main insolente, sans savoir comment réagir. Il semblait insensible aux émanations mauvaises que Lola projetait et incapable de se rendre compte que j'avais manqué de le défigurer. Et, fleur au fusil, môssieur voulait que j'abandonne tout pour un de ces projets à la manque ? Our babe, mon cul. A peine avais-je eu le dos tourné qu'il en avait profité pour partir avec ce grincheux intellectuel d'Ashton, m'abandonnant comme une âme en peine sur la berge. C'en était trop. Saisissant son appui, je me remis d'aplomb. J'abattis ma main sur son épaule, comme fraternel, avant de refermer ma poigne sur sa clavicule et de le jeter dehors. Sans lui laisser le temps de rétorquer, je lui fermai la porte au nez dans un grand fracas.
Je me glissai près de Lola et la serrais dans mes bras. Sa tête trouva sa place naturelle sous mon menton et j'attendis ainsi de longues minutes que ses spasmes se calment. Derrière la porte, je l'entendais éructer ce qui me semblait être des insultes en russe, même si je n'en comprenais pas un mot, leur tonalité sonnait tout comme. Mes yeux coulèrent sur ce qu'il avait perdu dans sa chute. Tout son sac s'était répandu sur le sol et je compris qu'il n'avait pas prévu une petite expédition pour faire mumuse au son des vaguelettes du lac, non, c'était un vrai départ. J'avais attendu ça tout l'été ! Au fur et à mesure que notre bateau, une barque en vérité mais qu'importait, prenait forme, l'excitation avait fini par me gagner. Je n'y connaissais que dalle en navigation mais, comme tout sujet dont l'étendue m'était inconnue, cela avait ravi mon imagination. Les nœuds, les termes de marine, souquez les artimuses* ! Et voilà qu'après m'avoir laissé tomber comme une vieille chaussette, Alek arrivait comme une fleur au moment où Lola avait le plus besoin de moi.
Coincé en plein dilemme, je n'arrivais pas à m'arrêter sur une décision. Il ne faisait même pas jour et je commençais déjà à avoir mal au crâne. Lola décida pour moi. Elle me poussa hors de sa couche sans un mot, mit sur mes bras ballants des vêtements, ma besace et me pointa la porte. Dans ses yeux brillaient l'étincelle d'une flamme que je pensais disparue sous les cendres. Soit. Écartant une de ses mèches rebelles, je l'embrassais sur le front avant de m'habiller.
Prêt à affronter le grand blond, je rassemblais ses affaires et sortit.

« Okay, let's go. But it's better not be one of your stupide plans. » (« Okay, allons-y. Mais ça n'a pas intérêt d'être un de tes plans stupides. »)



* Astérix et Obélix - Misson Cléopâtre


Dernière édition par Théodore Lefaucheux le Sam 9 Juil - 13:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: On the route encore ! Dim 4 Oct - 15:03

The Pirate King
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Me mettre à la porte ! Moi ! Comme si j'étais le dernier des malpropres que l'on jette d'un bar pour avoir un peu trop descendu de canons et donné trop de baffes ! Moi, qui venais en toute amitié faire l'effort de m'excuser en lui apportant l'aventure dont il avait besoin ! J'étais furieux et très vexé. Je me suis planté devant sa porte, vociférant tous les noms d'oiseaux qui me venaient à l'esprit. Non mais pour qui il se prenait ce petit frenchie de m**de ? J'étais bien parti pour tambouriner à sa porte jusqu'à ce qu'il cède ou qu'il devienne fou, quitte à y rester une partie de la journée et à effrayer tous les habitants. Mais la porte s'ouvrit sur un Théodore fermé, mes affaires entre les mains.

« Okay, let's go. But it's better not be one of your stupide plans.
Trust me camarade, wi're about to live the most wooonderfull journey of our lives »

***

Nous nous sommes mis en route vers le bateau, sans échanger un seul mot. Je savais combien je pouvais être brusque par moment et je ne voulais pas risquer de le voir faire demi-tour. Sur le bateau, ce serait différent. Pas d’échappatoire au milieu de l'eau, pas de retour impromptu pour la seule raisons d'avoir les nerfs un peu trop sensibles. Cependant, le temps d'arriver jusqu'au bord de l'eau, l'animosité que je ressentais s'était dissipée. Il était presque impossible de rester fâché avec ce satané français !
Nous avons détaché le bateau, mis nos affaires à l'intérieur et l'avons accompagné dans l'eau doucement avant de nous y embarquer. Lors de sa construction, Théo avait posé beaucoup, beaucoup de questions sur le rôle de certains éléments et sur la manière dont on les utilisait. J'avais été ravi de lui partager mon savoir, et à présent, j'avais envie de le tester un peu. Je lui laissais alors la barre, tandis que je m'emparais des rames. Quiconque aurait pu me trouver un peu raide de ne laisser que la barre, mais c'était le poste parfait à mes yeux. Le barreur décidait de la direction à prendre, c'était lui qui décidait de mener l'équipage vers une mer douce ou vers des récifs pointus.

« It's your first sailing day. I'm trusting ya Thio, lead us where ya want ! »

Il avait mis le cap à l'est. Nous avions longé la grande falaise au nord de la forêt, puis nous étions un peu plus éloignés du rivage, où les fonds sont plus profonds. La sensation de plénitude m'envahissait à chaque rame plantée dans l'eau. L'eau s'étendait à perte de vue. A perte de vie. Nous avons fait une pause collation, au milieu des oiseaux de grand large qui nous jetaient des cris moqueurs et des poissons étincelants que nous voyions filer et tournoyer tout autour de nous. Je me sentais bien, si bien... Assez bien pour oser un peu provoquer mon petit français qui n'avait pas vraiment ouvert la bouche depuis notre départ. Je ne savais pas pourquoi j'avais si souvent envie de le taquiner, voire de le malmener. Peut-être parce qu'il ne tentait pas de me tuer après chacune de mes remarques. Peut-être parce qu'il était facilement déstabilisé, fragile et que ses réactions étaient toujours drôles. Peut-être aussi parce que je l'aimais bien, et qu'au fond, les potes, c'est comme ça qu'on le leur montre. Décontracté, presque allongé et une jambe appuyée sur le bord de la barque, je croquai dans un des fruits contenus dans nos bagages.

« Well, tell me, what's hapening with' Lola ? Damn, ya were sliping on the flo'r ! What are ya ? Kinda puppy ? Watchdog ? If ya want my way of thinking, don't be so gentle with' wimen... »

Tout en donnant mon conseil, j'avais pointé la main dans laquelle je tenais le fruit dans sa direction, près de son visage. En souriant, un peu de son jus s'est échappé du coin de ma bouche et commençait à couler le long de mon menton. Je me suis essuyé du revers de la manche, attendant avec une curiosité presque maladive la réponse de mon compagnon d'aventure.

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