Le monde est un vaste naufrage

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MessageSujet: Le monde est un vaste naufrage Mer 12 Oct - 1:41

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Hessa rêvait qu’elle dansait.

Dessinées en pluies de paillettes rouges et dorées, elle voyait en boucles les chorégraphies de son enfance et les traits de ses sœurs dans des éclats lumineux. Tout le reste, la scène, les spectateurs et les monstres n’étaient que des ondulations grises et noires qui se muaient dans leur propre obscurité.

Le plaisir et l’enjouement s’endormaient progressivement, et au même rythme, ses yeux semblaient de plus en plus lourds et portés vers la noirceur où s’animaient les ombres. Les formes grises tourbillonnaient pour former comme un tunnel qui s’enfuyait de la lumière et qui l’entrainait en accélérant dans une pénombre dévorante, de plus en plus dénuée de nuances.

L’abime l’aspirait, elle, et son souffle, et sa force.
Elle était en train de se noyer.

Elle fut éveillée par un incendie liquide au creux de sa gorge qu’elle cracha sur le sable doré. C’était la deuxième fois qu’elle se noyait, et la deuxième fois qu’elle s’éveillait sur une plage déserte.

Déserte. Soudain elle se lève et cherche Prana avec des yeux avides, mais elle se découvrit impossiblement seule. Elle était sur une minuscule parcelle de sable entourée de falaises. Il n’y avait rien, hormis quelques plantes sauvages. Le vent était chaud, alors elle était confortable, mais si au début elle eut la chance de voir s’échouer quelques provisions issues du naufrage, au fil des jours, la faim et la soif devinrent un problème. Un grave problème. Sa peau brulée par le soleil fondait sur ses membres de plus en plus maigres. Son ventre et sa gorge brulaient, et elle avait peur, et elle se sentait seule, abandonnée et isolée du reste du monde.

Elle avait fini par se jeter dans la mer pour essayer de nager aussi longtemps que ses forces le lui permettraient. Elle était aveugle dans des vagues puissantes, et elle s’échoua à nouveau sur sa plage, ou du moins c’est ce qu’elle crut, avant de se laisser bercer vers un sommeil vorace.

En se réveillant plusieurs heures plus tard, elle eut la surprise de découvrir qu’elle avait rejoint une nouvelle plage. Celle-ci était petite, mais bien aménagée. Il y avait un abri, un jardin et même quelques poules dodues, mais personne en vue. Repue et reposée, elle a attendu pendant plusieurs jours de plus, confiante que cette fois, les propriétaires de cet asile allaient la trouver et l’aider, mais personne n’était venu et le vent qui était si chaud et si brulant pendant l’été était maintenant de plus en plus froid alors que l’automne pointait le bout de son nez.

L’eau était également de plus en plus froide, ce qui ne l’avait pas empêchée d’essayer à nouveau de nager vers de nouveaux rivages, mais sans succès, échec après échec. Une fois, elle a cru voir une étendue de sable au loin, avant d’être avalée par les vagues et recrachée sur la plage isolée.

Alors elle attendait, mais elle commençait à perdre ses derniers espoirs.
Les jours étaient frais et supportables, mais les nuits devenaient de pire en pire. Ainsi, elle profitait du soleil de midi pour lézarder au soleil, étendue à même le sol, les doigts enfoncés dans le sable chaud. Elle profitait de chaque seconde, sachant que la nuit venue, elle greloterait en se pelotonnant sans succès dans le petit abri trop aéré. Elle réalisait d'ailleurs qu'il s'agissait d'un camp d'été, et donc qu'il était fort possible que personne ne revienne ici maintenant que l'automne était venu. Elle savait aussi qu'elle ne survivrait pas l'hiver. Elle ne reverrait jamais ni son clan, ni sa sœur, ni même Prana.

Parfois elle était en paix avec cette idée, et d'autres fois, comme maintenant, elle se redressait, et, tout son corps crispé d'horreur, elle se criait un chemin jusqu'à la démence. Sa voix puissante perforait l'ambiance avant de craquer et de tomber en miette dans sa gorge asséchée par l'air salé de la mer. Ensuite elle se laissait retomber dans le sable, gesticulant et gémissant lamentablement avant de retrouver son immobilité, le vide dans sa tête.
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MessageSujet: Re: Le monde est un vaste naufrage Lun 24 Oct - 18:45

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Cela faisait quelques semaines maintenant que nous avions échoué sur cette plage. Le campement avait bien évolué. Nous nous étions rapproché de la lisière de la forêt pour profiter de l'abri fébrile que celui-ci nous offrait, surtout contre les chauds rayons du soleil. Bien qu'en cette fraîche saison cela faisait du bien de se dorloter sur le sable profitant de la chaleur solaire avant qu'une bise vienne nous filer la chair de poule.
Au fil des explorations le long de la plage nous avions retrouvé quelques ustensiles bien utiles, notamment une machette qui nous permit de construire des abris plus solide que ceux précaires que nous avions fait en hâte. A défaut de papier j'avais dessiné des plans relativement simples sur le sable humide pour que mes camarades puissent suivre mes instructions sans que je sois sur leur dos pour leur dicter quoi faire à chaque étape. Cela nous prit du temps, vous imaginez bien, une machette et quelques couteaux pour neuf. Dix maintenant.

Oui, un nouveau membre nous avait rejoint.

En effet après avoir consacré notre temps pour notre base, quelques un d'entre nous commencèrent à explorer les alentours à la recherche d'objets recrachés par les eaux, ou mieux encore, nos amis disparus. Nous ne nous éloignions pas trop, revenant tous les soirs au campement. Nous en profitions pour ramener quelques vivres que nous récupérions sur le trajet. Mon Bamboo restait introuvable, bien qu'il y ait de fort risque pour qu'il ait été englouti par les eaux, je gardais espoir de le retrouver. Et pour cela j'explorais toujours un peu plus loin chaque jour.
Régulièrement nous vîmes de la fumée s'élever au ciel, celle-ci venait d'un endroit assez éloignée, mais toujours vers le même lieu. Je proposais tout naturellement d'aller y jeter un coup d'œil, peut-être y avait-il d'autres naufragés, ou mieux encore, des pionniers qui pourraient nous accueillir, améliorant considérablement nos conditions de vie. Malheureusement notre expérience sur l'île Rouge me valut un non catégorique de la part de Charli et Rose-Aimée. Ils avaient toujours veillé sur nous jusque là, prenant des décisions parfois douloureuse, il était normal que je demande leur consentement. Nous étions comme une famille et ne pouvions compter que sur nous même.
A défaut de découvrir ce qui se tramait au fond de la forêt, je m'enfonçais un peu à l'opposé. Je décidais de partir en excursion sur plusieurs jours avec mes Follecs, allant au-delà des lacs où nous puisons de l'eau douce potable. C'est ainsi que je ramenais une certaine Saamiya Loundja, qui avait survécu seule depuis bien une année. Enfin seule ... Un Lémur l'accompagnait dans cette aventure.

Après de chaudes retrouvailles et la joie d'une nouvelle tête dans le groupe je décidais de continuer mes explorations éloignées. Je dû promettre de ne pas me rendre vers l'éventuel camps dans la forêt. Mais rien ne m'interdisais de m'y rapprocher. Peut-être croiserais-je des habitants de l'île ...
Cette fois je ferais l'exploration en barque. Les survivants au naufrage auraient sûrement, comme nous, construit leur campement non loin des plages. Il me sera peut-être plus facile de les repérer en longeant le sable depuis la mer.

Après de longs préparatifs, quelques accolades et le regard désapprobateur d'Eloïse, je décidais de partir sur les eaux. Je m'arrêterais régulièrement sur la terre pour reprendre des vivres et me dégourdir les jambes. Je n'amenais avec moi que deux Follecs, Blue, la femelle, ayant montré des signes de spasme sur un bateau. Je savais que Leilani prendrait soin d'elle.
C'est ainsi que j'embarquais sur la chaloupe que mes amis m'avaient aidé à fabriquer. Bubble restait contre moi tandis que Boo allait d'un bout à l'autre du radeau, observant le moindre soubresaut à la surface de l'eau.
Notre navigation dura 3 jours durant lesquels je m'arrêtais régulièrement. Je découvris même un coin où des canoës grossiers avaient été stockés, signe que des hommes s'étaient établis sur cette île.
Jusqu'au 3ème jour où un cri lointain se fit entendre. Je cru d'abord à un sifflement du vent, mais celui-ci se reproduisit, plus ferme. Ramant plus fort je me dirigeai vers l'origine de ce son et fini par accoster sur une petite plage. Bubble et Boo en alerte, leurs museaux humaient frénétiquement l'air, quand soudain mes deux Follecs partirent en courant au fond de la plage. Je vis au loin une cabane et devant ce qui semblait être un corps. Je courus, le cœur palpitant, espérant qu'il ne soit pas trop tard ...


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MessageSujet: Re: Le monde est un vaste naufrage Mar 25 Oct - 21:26

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Plus elle restait seule, plus ces crises devenaient fréquentes, longues et fortes.

Elle se roulait dans le sable avec une énergie exagérée, enterrant sous les petites dunes toute prétention de contenance, fracassant avec chaque coup de poing perdu dans le sol la façade de sa raison. Elle se débattait contre le vide, bras et jambes confondus, se secouant la tête en vrombissant sourdement contre tout ce qui lui déplaisait. Ainsi, elle n’entendait rien d’autre que sa voix qui résonnait jusqu’à l’arrière de son crâne, elle ne voyait rien, et elle gaspillait du mieux qu’elle le pouvait ses autres sens dans des mouvements erratiques.

Les premières fois, elle arrivait à retrouver son calme, toujours étonnée et gênée de ses démonstrations. Mais la solitude lui eut vite arraché toute inhibition, et comme ces épisodes avaient au moins cette qualité libératrice, cathartique, qui l’aidait à s’oublier et à supporter son isolement, elle s’y adonnait maintenant à cœur joie.

Ce sont les museaux humides et les fourrures chaudes qui étaient venus se frotter sur ses membres qui la sortit de sa torpeur. Affolée, elle avait ouvert les yeux pour découvrir deux boules de poiles qui grimpaient prestement sur son abdomen avant de venir se lover contre son cou. Son esprit était embrouillé, ivre du surplus d’informations qui y affluait soudainement.

D’abord elle poussa un premier cri de surprise, suivi d’un second, mais de bonheur.

Elle reconnaissait ces créatures.

Les doigts glissés dans leur poil, elle les soutint en se redressant, puis les laissa retrouver le sol pour se lever. Échevelée et chancelante, elle fit quelques pas maladroits en époussetant ses halions pour les débarrasser des grains de sable irritants. Elle vu tout d’abord la barque près du rivage, puis la silhouette reconnaissable qui se tenait dans l’ombre de la falaise.

Elle ne le connaissait pas beaucoup, mais ses pieds s’envolèrent en même temps que son cœur dans sa poitrine. Les deux pollecs sur les talons, elle courut avant même d’avoir retrouvé son souffle coupé par l’ahurissement. Ses chevilles s’emmêlaient dans chaque enjambée qui s’engloutissait dans le sol mouvant. Son équilibre était fragile, mais elle parvint de quelque façon devant lui sans jamais tomber. Elle aurait voulu dire quelque chose, mais se pendit à son cou en poussant seulement une courte plainte hystérique.

Il était plus grand qu’elle, alors elle avait dû sauter, mais ses bras affaiblis retombèrent rapidement au long de son corps, et elle s’échoua contre sa poitrine.

Elle n’était plus seule, et elle allait survivre… Probablement.
Ses prochaines pensées furent pour Prana et Beha.
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MessageSujet: Re: Le monde est un vaste naufrage Mer 26 Oct - 6:52

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Je faillis tituber sous l'étreinte de ce corps qui, quelques minutes plus tôt, était allongé sans vie sur le sable fin.
Hessa ... Enfin un visage que je connaissais. La joie s'empara de moi, je rendis son étreinte à la jeune femme et finis par la soulever hors du sol, la faisant virevolter dans les airs. Je ris puis finis par la reposer doucement sur le sable.
Je me reculais d'un pas, l'observant, aucun mot n'arrivant à sortir du fond de ma gorge.

Son teint toujours hâlé, ses yeux marrons me fixaient intensément, comme pour imprimer la réalité de cet instant dan son esprit. La maigreur de son corps m'apparaissait, perdu dans les tissus qui furent jadis cette robe aux couleurs chaudes et chatoyantes, pleine de vie comme fut la jeune femme.

- Hessa ... dis-je dans un souffle.

Nous ne nous connaissions pas vraiment, nous n'avions jamais échanger de longs dialogues, mais sa présence prouvait qu'il fallait garder espoir. Beha serait folle de joie de retrouver sa sœur.

- Beha t'attends, dis-je simplement, espérant que cela comblerait de bonheur la jeune femme.

Je lui laissais quelques instants pour assimiler cette nouvelle information avant de lui raconter le naufrage et les autres survivants qui nous attendaient au campement.

- Je ne pourrais expliquer comment nos navires ont coulé par le fond, commençais-je. Lorsque je me suis réveillé sur la plage, j'étais entouré par Charli, Leilani, Beha et Mathaëlle. Eloïse était un peu plus loin, et Rose-Aimée nous a rejoint, ainsi que les jumeaux Perez. Nous sommes neuf et nous avons érigé un petit campement. Tout comme moi Beha part régulièrement explorer les alentours, notamment pour te retrouver Hessa.

Je sentais la jeune femme fébrile, je la soutenue avant de poursuivre.

- Viens, allons à ton abri, racontes moi ton histoire. J'ai besoin de récupérer quelques vivres avant que nous ne repartions. Tu as grand besoin de repos et de soin.

Mes Follecs n'arrêtaient pas de traîner dans nos jambes, eux-même heureux de retrouver une connaissance. Ils étaient devenus les mascottes de notre ancien groupe allant de main à main à la recherche de câlins ou de nourriture. Les petits malins.

- Bubble, Boo, laissez donc Hessa tranquille.

Ils nous laissèrent un peu d'espace à contrecœur, nous suivant toujours de près malgré tout.



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MessageSujet: Re: Le monde est un vaste naufrage Ven 28 Oct - 0:54

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De tournoyer et de défier l’atmosphère était pour elle une sensation familière et rassurante, semblable à de la danse. En comparaison, l’immobilité et la soudaine distance physique qui avaient suivi étaient aliénantes et inhospitalières.

Emprisonnant le tissu de ses manches entre ses doigts, ses avant-bras retrouvèrent vite les siens pour se soutenir. La mention de Beha la heurta avec assez de force pour la plier en deux, mais vient aussi tirer sur ses joues saillantes un sourire égayé. En écoutant son histoire, elle se sentait à la fois heureuse pour ceux qui étaient sains et saufs, et anxieuse pour tous les égarés. Elle attendait la suite de son récit avec une soif avide, le regardant avec une curiosité inapaisable, seulement pour se noyer dans son silence.

Prana. Elle sentit ses yeux s’embuer, alors elle ferma les paupières de sorte à tout juste contenir ses émois. Elle hocha de la tête, d’abord doucement, puis vivement, avant de se diriger vers l’abri en l’entrainant par un bras.

- Moi…C’était pendant l’orage… D’abord on a perdu le contrôle du bateau, on a été portés par les vagues et on ne vous voyait plus du tout à l’horizon. Moi, Beha, Prana et Sùkh…. Sùkh a disparu en premier, puis Beha…Et Prana. J’étais toute seule dans le bateau. Puis, plus de bateau. Je me suis réveillée sur la plage. Pas cette plage-ci : une autre, plus petite. Pas d’abri. Pas de source de nourriture. Pas d’eau.

À nouveau, une vague d’émotions l’inonda, engorgeant ses cils d’une humide marée. Elle leva alors les yeux vers les nuages et battit des paupières pour se contenir.

- Au début, j’avais des débris et des provisions qui s’échouaient sur la plage de temps en temps… Après…Après je me suis jetée à la mer. Pour être portée vers le rivage, ou vers la mort.

Elle prend une pause et elle respire profondément.

- Lance, je suis toute seule. Depuis le naufrage.

Sa voix se brise, pourtant, elle commence à reprendre son calme.

Tout comme son récit, ils avaient progressé jusqu’à atteindre le campement.

- Je n’ai rien fait de tout ça ; j’ai flotté jusqu’ici il y a seulement quelques jours. Je n’ai vu personne…

Et pourtant, le petit abri était bien entretenu et décoré de coquillages translucides. Il y avait aussi un jardin, quoique flétri par le retour du froid, et même un petit poulailler. Quelqu’un aimait visiblement beaucoup cet endroit.

- Il y a quelques provisions et du sel dans la maison, et même des œufs frais dans le poulailler…Ah ! Et je crois que ça, c’est pour pêcher. Dit-elle en pointant un filet de pêche suspendu devant l’entrée.

Les pollecs exploraient et reniflaient curieusement tous les objets qui trainaient autour d’eux. Courant et sautant occasionnellement près d’eux, somme toute désintéressés par leur présence. Hessa avait bien constaté qu’il n’y en avait que deux, sans se risquer à réfléchir sur l’était actuel des deux autres qui manquaient à l’appel.

De son côté, elle regroupa rapidement tous les objets qui s’étaient logés sur la rive, ainsi que la nourriture. Elle avait également trouvé un large panier plein de perles et de coraux, des vêtements et des jouets d’enfants entreposés sous un lit, mais n’aurait pas osé y toucher.

Se concentrer sur une tâche lui faisait du bien et lui permettait de ne plus penser aux dernières semaines qu’elle venait de décrire à son ami. En fait, elle les aurait volontiers effacés ces souvenirs de façon définitive.

- Lance, amène-moi loin d’ici. Dit-elle enfin après avoir trié tout ce qu’elle considérait utile. Levant d’abord des yeux suppliants vers lui, elle lui adresse ensuite un petit sourire.

- Nous avons d’autres amis à retrouver.


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MessageSujet: Re: Le monde est un vaste naufrage Mer 9 Nov - 7:14

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Le discours d'Hessa me serra le cœur. D'abord rapide, les souvenirs du naufrages lui firent déblatérer son histoire à toute vitesse. Puis le poids de la solitude eu raison de son empressement.
Elle avait dû survivre seule jusque là, sans espoir de croiser qui que ce soit. Avec la peur que tous soient mort ... Je bénis de m'être réveillé autour de mes confrères.

La petite cabane était bien entretenue, décorée et on pouvait y trouver quelques vivres. Je fronçais les sourcils. La personne qui l'avait construite n'était pas partie depuis très longtemps. Quelques jours, une semaine tout au plus. La nature n'avait pas eu le temps de dénaturer cette construction. Cela m'étonnait, peut-être était-ce un pionnier de cette île, un membre du fameux village qu'il m'était interdit d'approcher.

La supplice d'Hessa me ramena à la réalité :
- Lance, amène-moi loin d’ici.

J’acquiesçais de la tête. Il était temps de retrouver nos amis comme elle le disait si bien. Nous fîmes quelques provisions, mes follecs fouillant ci et là, lorsque tout à coup ils s'agitèrent. Ils tournèrent en rond avant de sortir, en alerte. Tout deux regardèrent vers la forêt, s'y dirigeant. Je les suivais lorsqu'un craquement se fit entendre. Je m'arrêtais brusquement. Bubble vint se protéger derrière mes jambes tandis que Boo grognait en hérissant le poil.

Je m'accroupis, observant intensément la végétation sans rien apercevoir, j'avançais jusque mon follec toujours en position basse. Surprit de me sentir derrière lui il failli me mordre puis se retourna aussitôt vers la menace invisible. Des sons de sifflements se firent entendre et les feuilles cédèrent la place à un serpent vert jade. Celui-ci continuait d'avancer sur nous, je pris Boo dans mes bras et reculais avec Bubble. Des plumes se dressèrent sur la tête de l'animal qui ne cessait de siffler, sortant sa langue affûtée de trois pointes qui ne me disaient rien qui vaille.

- Hessa !, dis-je dans un souffle. Recule doucement, j'ai bien peur que ce serpent ne soit mortel...
Je n'avais pas croiser cette animal depuis mon arrivé dans ce monde, mais mon expérience sur la Terre me rappelait que tout animal de couleur vive était souvent dangereux.

Je n'eus le temps de réagir que Boo sauta de mes bras pour attaquer le reptile. Un de mes follec avait disparu et l'autre était mort, il était hors de question que j'en perdre encore un autre. Je me jetais donc à sa suite espérant le récupérer avant qu'il ne se fasse mordre. J'attrapai le premier bâton venu espérant faire fuir le serpent duveteux. Oui, je m'aperçu que la bête était recouverte de poils qui commençaient à changer de couleur, virant au rouge vif.

- Boo revient ici ! criai-je.

Mon follec esquivait les attaques du serpent de justesse et tentait de l'attaquait sous la tête. Je réussis avec mon bâton à lancer le reptile quelques mètres plus loin mais celui-ci revint à la charge bien plus vite que je n'espérais. Il tenta de me mordre à la cheville mais Boo le chopa à la queue faisant diversion. Il le lâcha aussitôt pour éviter d'être mordu à son tour, et se fut Bubble qui se jeta sans garde sur l'animal, le chopa à la base du coup. Le serpent se débattit tentant de s'échapper de la prise de mon follec, il l'enroula avec sa queue sûrement dans l'espoir de l'étouffer. J'attrapais celle-ci pour la dérouler, libérant mon protéger jusqu'à ce que la prise du reptile ne soit plus. J'appris plus tard qu'il s'agissait d'un plumeau venimeux, dangereux pour l'homme voire mortel si la santé ne permettait pas de se défendre contre le poison.

Je me précipitais sur mes follecs vérifiant l'absence de morsure. Fort heureusement aucune blessure n'était à déplorer.

Cependant le regard d'Hessa me força à observer ma main sur laquelle elle était fixait. Une entaille laissait couler le sang le long de mon poignet. Je tentais de la rassurer :

- Ne t'inquiète pas, le serpent ne m'a pas mordu, j'en suis certain. J'ai du m'entaillé avec le bâton ... dis-je en espérant de tout mon coeur pour que ça soit le cas. Aurais-tu quelque chose pour désinfecter ? rajoutai-je quelque peu déboussolé. Et ne tardons pas, prenons les provisions et allons vite nous réfugier sur la barque, le trajet jusque Beha devrait être plus rapide que l'allé jusqu'ici.


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MessageSujet: Re: Le monde est un vaste naufrage Mar 15 Nov - 17:52

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Elle était allégée de le voir acquiescer. Soudainement, farfouiller dans les paniers était plus agréable que toutes les fois où elle l’avait fait dans les derniers jours. Elle savait que ce serait la dernière fois, et que ce qu’ils prendraient les aiderait à survivre.

Vivre. Cette idée qui semblait inatteignable seulement quelques heures plus tôt était soudainement vaste et grandissante. Elle baignait dedans comme dans un bassin de soulagement ; quoique laissant quelques tâches indélébiles, sa détresse des jours passés était déjà largement dissipée.

Les mains et les yeux dans les paniers et les sacs, elle écoutait son compagnon s’affairer de son côté. Elle était concentrée, hâtée à l’idée d’enfin partir, de passer à autre chose.

Les grognements prolongés des follecs attirèrent son attention : elle avait d’abord cru qu’ils jouaient ensemble, mais la durée et l’intensité l’avaient finalement inquiétée, sans parler de la soudaine tranquillité de Lance. Devant sa posture rigide, elle posa sur lui un regard interrogateur.

- Hessa ! ... Recule doucement, j'ai bien peur que ce serpent ne soit mortel...

Elle n’avait pas vu le serpent.

Ces mots avaient provoqué en elle une vague progressive de terreur. En quelques secondes, elle était passée de curieuse à livide. Soudainement, elle entendait les sifflements enragés, sans réussir à voir la créature. Elle la chercha frénétiquement, mais ne la trouva que lorsque le follec, Boo, la fit sortir du petit boisé. Ses couleurs vives contrastaient horriblement avec le vert, brun et doré naturels de la plage ; Hessa avait peine à croire qu’elle n’avait rien vu avant.

Elle était tétanisée, les mains sur la bouche, alors que Boo et le serpent commençaient à se battre. La détresse dans la voix de Lance l’appelait à faire quelque chose, mais faute de trouver quoi faire, elle restait immobile. Des idées inutiles se bousculaient dans sa tête, et pendant ce temps-là, les évènements filaient à une vitesse alarmante. Avant qu’elle n’ait pu faire quoi que ce soit, le reptile était parti, et Lance était blessé.

Faisant fi de ce qu’il pouvait dire, elle s’élança vers lui pour prendre sa main blessée entre les siennes. Ses pouces tremblants essuyaient le sang pour essayer de trouver la plaie, sans grand succès alors que de nouvelles vagues rouges remplaçaient celles qu’elle lavait. La peur coulait dans ses veines, tout comme elle imaginait le venin coulé dans les siennes, et elle était au bord de l’angoisse et de l’horreur, comme il pourrait déjà être au bord du mal.

En attendant, elle essayait de se remémorer de tout ce qu’elle avait appris à propos des serpents, dans l’Ancien Monde comme dans le nouveau… Elle en avait quand même rencontré plusieurs pendant ses voyages entre l’Europe et l’orient, et elle s’était fait mordre à quelques occasions aussi, quoique jamais dans un contexte où elle aurait été en danger.

Il y a des serpents qui utilisent du venin pour immobiliser leurs proies et des serpents qui vont utiliser leurs annaux pour directement les étrangler. Les serpents venimeux ont des crocs qui injectent le poison directement dans les veines, alors que les constrictors ont une dentition de petits crochets râpeux. C’est ce qu’elle savait, mais elle ne savait pas quoi faire de ses connaissances… Quoi faire, quoi ne pas faire…Aucune idée. Surtout qu’elle n’arrivait même pas à voir correctement la plaie. Elle avait la certitude amère que Beha aurait su quoi faire et cette pensée ne la faisait certainement pas se sentir mieux.
Ses mains tremblaient alors qu’elle remontait les yeux sur lui. Il avait l’air plus calme qu’elle. Quoique.

- Non.

Elle secoua la tête, d’abord doucement, puis avec un peu d’exagérations. « Non ».

Tirant doucement sur ses bras, elle l’entraina à s’assoir au sol avec elle. Ils ne partiraient pas avant d’avoir une idée claire de son état, car de toute façon, il réagirait bien assez vite, et mieux valait que ça arrive sur la terre ferme, près d’un abri et d’un lit, que sur la mer, ou encore sur une terre dont elle ne connaissait rien et sur qui la nuit tomberait trop vite. Dans le pire des cas, il n’arriverait rien.

- …On partira demain matin.
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